Tu modules du sable, le rivage salé,
Gouvernes en reine, au bord du littoral ;
En ton ventre bleu, implosent encor des râles ;
De là, tes palmiers caressent la vallée.
Sous la canopée, fusent des spires volages...
Martinique, métisse de l'onde claire,
Serve alanguie au halo de l'éclair,
Tu ramènes souvent les conques du rivage,
L'iode parfois, l'alevin turgescent ;
De tes criques crantées, les souches
Agrippées aux vieillissantes souches
Fuient la vague aux reflets spumescents
De l'atoll au flux phosphorescent,
Au doux Phébus encerclé de lunes ;
M'y couche repu d'affres d'infortune,
L'œil charmé, au matin renaissant,
A tes pieds de fascinante reine…
Quand, au nord, tonne ton volcan
Voilé de péléennes brumes, le carcan
De la nue semble enserrer la plaine,
D'un éphémère nimbe : collerette grise
De salines offertes à l'océan nacré ;
J'y vois s'enraciner le polypier ocré
Remonté du courant qui l'enlise.
Martinique volage, amante peu rétive
Aux mâles de passage, ces boucaniers
Te guettant du haut de leur hunier,
Tu t'éveilles en ma vue attractive ;
Tes longs râles se cognent à l'écueil
De nos étés en berne… je reviens
Où mes songes: ces rêves sans liens
Étoilent Périnelle ; s'y effeuillent
Malgré moi, des clichés de l'enfance,
Le bâti de mes songes : véloce arythmie…
J'égrenais lentement, en garçon insoumis,
Les farouches nuances du bois de Plaisance ;
Des futiles neuvaines, j'ânonnais parfois
Devant ta porte close, en Saint-Pierre,
Ma ville réanimée … griffé de lierre,
De dives psalmodies... avec foi.
Au soir tombé, l'enchanteresse flûte
De Léon Sainte-Rose étrillait
De mes luttes, les fièvres enrayées
Du négoce mien, l'angoisse, le tumulte.
Fais-moi voir des filles, l'ébène velouté !
Aimerais sur leur ventre meurtri
D'incertitudes, de doutes, sans mépris,
Me fondre en l'estuaire de ces pubis cloutés
A ma balèvre _ prendre de l'altitude,
Voir aux aurores, gicler le nectar
De l'aréole, le mamelon excité en dard,
Auréolé de cicatricules en l'interlude
Du glas plaintif aux murmures forcis !
Au bedon de tes rives, m'y viendrai poser ;
Nu sur le filanzane, corps épuisé,
Verrai mûrir mes désirs indécis.
Mon profil boudera la trame érodée…
Enfant d'alizés aux douces cavatines,
Tu dénoues un peu plus des luttes intestines,
Dryades brunies et sirènes fardées
De fictionnelles soifs, ces mythiques
Elfes de livresques escales : pythies
De légende qui souvent abrutit
Le naïf lardé de brettes chimériques.
Pour toi, mon île bleue, ma lie, j'écale
De l'humeur maussade, l'acrimonie,
Car de l'adénine, le tanin assaini
Ton soleil cuprifère ; vois, il fait escale
Ici, pour convertir des fertiles grimaces
Du pérégrin malade, rigaudon et liesse,
Exigées d'ironistes alunés d'une pièce,
Au monologue salué avec grâce.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
