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mercredi 28 juillet 2021

TROPICALE NAÏADE

TROPICALE NAÏADE



Tu modules du sable, le rivage salé,

Gouvernes en reine, au bord du littoral ;

En ton ventre bleu, implosent  encor des râles ;

De là, tes palmiers caressent la vallée.

 

Sous la canopée, fusent des spires volages...

Martinique, métisse de l'onde claire,

Serve alanguie au halo de l'éclair,

Tu ramènes souvent les conques du rivage,

 

L'iode parfois, l'alevin turgescent ;

De tes criques crantées, les souches

Agrippées aux vieillissantes souches

Fuient la vague aux reflets spumescents

 

De l'atoll au flux phosphorescent,

Au doux Phébus encerclé de lunes ;

M'y couche repu d'affres d'infortune,

L'œil charmé, au matin renaissant,

A tes pieds de fascinante reine…

Quand, au nord, tonne ton volcan

Voilé de péléennes brumes, le carcan

De la nue semble enserrer la plaine,

D'un éphémère nimbe : collerette grise

De salines offertes à l'océan nacré ;

J'y vois s'enraciner le polypier ocré

Remonté du courant qui l'enlise.

                                                        *

Martinique volage, amante peu rétive

Aux mâles de passage, ces boucaniers

Te guettant du haut de leur hunier,

Tu t'éveilles en ma vue attractive ;

 

Tes longs râles se cognent à l'écueil

De nos étés en berne… je reviens

Où mes songes: ces rêves sans liens

Étoilent Périnelle ; s'y effeuillent

 

Malgré moi, des clichés de l'enfance,

Le bâti de mes songes : véloce arythmie…

J'égrenais lentement, en garçon insoumis,

Les farouches nuances du bois de Plaisance ;

 

Des futiles neuvaines, j'ânonnais parfois

Devant ta porte close, en Saint-Pierre,

Ma ville réanimée … griffé de lierre,

De dives psalmodies... avec foi.

 

Au soir tombé, l'enchanteresse flûte

De Léon Sainte-Rose étrillait

De mes luttes, les fièvres enrayées

Du négoce mien, l'angoisse, le tumulte.

 

Fais-moi voir des filles, l'ébène velouté !

Aimerais sur leur ventre meurtri

D'incertitudes, de doutes, sans mépris,

Me fondre en l'estuaire de ces pubis cloutés

 

A ma balèvre _ prendre de l'altitude,

Voir aux aurores, gicler le nectar

De l'aréole, le mamelon excité en dard,

Auréolé de cicatricules en l'interlude

 

Du glas plaintif aux murmures forcis !

Au bedon de tes rives, m'y viendrai poser ;

Nu sur le filanzane, corps épuisé,

Verrai mûrir mes désirs indécis.

 

Mon profil boudera la trame érodée…

Enfant d'alizés aux douces cavatines,

Tu dénoues un peu plus des luttes intestines,

Dryades brunies et sirènes fardées

 

De fictionnelles soifs, ces mythiques

Elfes de livresques escales : pythies

De légende qui souvent abrutit

Le naïf lardé de brettes chimériques.

 

Pour toi, mon île bleue, ma lie, j'écale

De l'humeur maussade, l'acrimonie,

Car de l'adénine, le tanin assaini

Ton soleil cuprifère ; vois, il fait escale

Ici, pour convertir des fertiles grimaces

Du pérégrin malade, rigaudon et liesse,

Exigées d'ironistes alunés d'une pièce,

Au monologue salué avec grâce.


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021