Sur la grande terrasse d’une villa cossue,
Une belle métisse savourait lentement,
De ces heures qui pointent vers l’issue,
D’ultimes rais d’un soleil d’agrément
Dardant de sa superbe, avant de disparaître
Dans le bleu horizon souffleté de vents chauds,
De bises économes, au soir s’en venant naître
Au creux de pâles villes bordées de maréchaux.
Cette douce créole à la peau tamarin, écoutait
Chanter sur la lagune, les sirènes livresques
Caletées d’un grimoire d’où parfois s’égouttaient
De frémissantes bruines au reflux gigantesque.
Elles avaient de longs doigts entre lesquels
Glissaient les harmonies d’un fictif clavecin
Dont Chopin pincerait l’allégorie triskèle,
En berçant de nocturnes de possibles sizains.
A son cou perlé de moites suées, les colliers
En cascades, flattaient de sa candeur, l’ingénuité
Dont s’imprègnent les sages damoiselles, au palier
Dont les rois tallent la discontinuité…
D’offensante lèvre, de farouches mimiques,
Plissaient de doutes de probables invites,
Entretissant des mots, l’idiome chimérique :
Ces translatoires slangs que le rhéteur évite.
Quand je la vis marcher sur l’antique barlongue,
Jadis empruntée de la bourgeoisie, j’eus peine
A retenir de l’ahanant souffle, la trop longue
Poussée… égaré, je le fus, en ces plaines
Chevauchées de hardis écuyers prêts à bouter
Le matamore dont nous parle Plaute :
Ce capitan crispé sous jaseran, jamais redouté
Du pauvre cacochyme, aux aurores pâlottes.
Quand je la vis pleurer de cristallines sources,
Déverser de diaphanes gangues diluées
Sur sa joue de mutine… là, s’arrêta ma course ;
Comment concevoir ce songe difflué ?
Moi qui n’avais d’yeux que pour sa profondeur ;
Je ne voyais _ hélas _ que rivière de larmes !
Mon cœur nu descellerait le fragile sondeur
Dont la systole vêt l’âme enquillée au charme.
Hétéroclites, ces formes pénétrant mon regard ;
Il me semblait que d’autres mécanismes
Infiltraient peu à peu, de l'œil trop hagard,
La princière visée… devenue, défaite d’attentisme,
Pochade de rigaudon emperlé de sophisme :
Canevas de ballets où seul, Lully s’égare.
En de trop fins délires accusant mon éveil,
Ai souvent délité strates de manigances,
Dont s’orne trop souvent le pesant sommeil
Ou clivé parfois les couches d’apparence,
Mais, jamais ne furent miennes ces traites
Où l’esclave, au pinacle des rustres, s’encloue
De soumissions ! si défié, en ces folles
retraites,
Ai acquiescé confiant de ce grimage flou,
C’est que : pour les voiles que l’audace
renfloue,
Serai prêt_ c’est vrai _ en quelque jour de fête
À confondre putains et nobles dames en quête
D’un plaisir pris au rets de bretteurs jaloux,
Et qu’éparpille la soif de trop brèves conquêtes !
Quand la femme ne peut dompter des pleurs
L’extravagante chute, soumise se fait au soir,
La chatterie pubère corrélée à la peur...
Redevenue enfant, sous le déversoir,
Gourgandine, gaupe de polissoire,
Défroisse des tourments, la stupeur,
Quand la gent ironise au lever d’ostensoir.
Métisse, mon vieux rêve écorché ; _ dis-moi
Que tu n’es de celles qui louvoient sans accords,
Au petit matin blême ! Je t’écoute ;
parle-moi,
Que j’aie de la fragilité des roses en ce décor
Exacte mutation ! Si, ravi du galbe de ton
corps,
Je confesse hardiesse, j’ai peur quand tu larmoies ;
Les miens souvenirs en ces deuils, n’atermoient ;
Pressés, voire oppressés, ils patinent mon moi
D’un inopportun seing… et encor, et encor… encor.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
