Je m’enfuis loin de toi, de tes fièvres ;
Mes pas lourds me ramènent au passé
Où résonnaient au soir, liés à la balèvre,
De glauques murmures, piètrement tressés.
Ai, malgré moi, donné au mal d’amour,
Au deuil, c’est vrai ! _ Le raisonnable ;
Le doute me torture ; mon cœur bat tambour,
Assoiffé du nectar de la chair appréciable.
D'autres conquêtes finalisent ces songes
Chus en l’aube poudrée de fines larmes
De pluie, liées aux remords qui rongent
Encor l'éveil amputé de son charme.
Des remparts de Collioure, je regarde la mer
Nappée de fins cristaux, d’onde claire ;
Le silence de l’eau me fait l’humeur amère ;
Il trouble des tempêtes les fuyants éclairs.
Je te vois sereine aux côtes écrêtées,
Sous les cannelures ; ton profil coupable
Amplifie mon chagrin... j'aimerais arrêter
Des souffrances, l’émotion palpable...
Je m’invente un passé ... que ne suis-je déçu,
Traînant seul au pied de forteresses
En dérive… Grand Dieu, si j’avais su !
L’angoisse parachève sans mal ma détresse…
Estropié du destin, je fais la belle ; j'arpente
De l'allée, les plus sombres couloirs ;
Suis-je ici, à l’abri de ce mal qui hante,
Couvant de ton feu, les braises illusoires ?
Tu voudrais qu'à tes lois, je m'amende ;
De la somptuosité des nuits sans lune,
J'absolve en parcourant la lande,
Tes lubies de harengère, vidées une à une,
Des grises coques de la déconvenue.
Tu me veux en rhapsode blessé
D'enharmonies ; voilant ton corps nu
De muse satinée, tristement agressée !
En félibre encagé de punitives plaintes,
Je compulse de tes pires offenses,
L'éphémère laïus, la prosodie succincte
Egayant la métrique de la suffisance.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
