pinterest

vendredi 16 juillet 2021

AMPUTATION



AMPUTATION 

 

Je m’enfuis loin de toi, de tes fièvres ;

Mes pas lourds me ramènent au passé

Où résonnaient au soir, liés à la balèvre,

De glauques murmures, piètrement tressés.

 

Ai, malgré moi, donné au mal d’amour,

Au deuil, c’est vrai ! _ Le raisonnable ;

Le doute me torture ; mon cœur bat tambour,

Assoiffé du nectar de la chair appréciable.

 

D'autres conquêtes finalisent ces songes

Chus en l’aube poudrée de fines larmes

De pluie, liées aux remords qui rongent

Encor l'éveil amputé de son charme.

 

Des remparts de Collioure, je regarde la mer

Nappée de fins cristaux, d’onde claire ;

Le silence de l’eau me fait l’humeur amère ;

Il trouble des tempêtes les fuyants éclairs.

 

Je te vois sereine aux côtes écrêtées,

Sous les cannelures ; ton profil coupable

Amplifie mon chagrin...  j'aimerais arrêter

Des souffrances, l’émotion palpable...

Je m’invente un passé ... que ne suis-je déçu,

Traînant seul au pied de forteresses

En dérive… Grand Dieu, si j’avais su !

L’angoisse parachève sans mal ma détresse…

 

Estropié du destin, je fais la belle ; j'arpente

De l'allée, les plus sombres couloirs ;

Suis-je ici, à l’abri de ce mal qui hante,

Couvant de ton feu, les braises illusoires ?

 

Tu voudrais qu'à tes lois, je m'amende ;

De la somptuosité des nuits sans lune,

J'absolve en parcourant la lande,

Tes lubies de harengère, vidées une à une,

 

Des grises coques de la déconvenue.

Tu me veux en rhapsode blessé

D'enharmonies ; voilant ton corps nu

De muse satinée, tristement agressée !

 

En félibre encagé de punitives plaintes,

Je compulse de tes pires offenses,

L'éphémère laïus, la prosodie succincte

Egayant la métrique de la suffisance. 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021