Les femmes de Paris écoutent chanter au soir,
Les cloches de la bohème, les sirènes sourdes
Des péniches de Seine, ces bardes lourdes
Naviguant sur l’eau qui, en aplatissoir,
Transforment les remous en cuves-déversoirs.
Les femmes de Paris s’éveillent aux chahuts
De klaxons et de cris de noceurs égarés
Sous l’épaisse brume nimbant les effarés,
Les sirènes fardées, les barbeaux courbatus.
Elles longent en silence, les belles avenues,
Les bruyants boulevards et les rues polluées
Empruntées de marchands trop hués
Pour déposer bagages au pied d’inconnus.
Les femmes de Paris fuient des estaminets,
Le verbe tapageur, le pétun des jouisseurs
Fiers de refaire le monde que l’apiéceur
Vêt d’un costume aux teintes carminées.
Les femmes de Paris, en fragiles amantes
Détrônent les princesses des contes de Grimm ;
Elles poussent au désespoir ceux qui griment
D’un vulgaire mascara, les fidèles suivantes ;
Seront là, près de la cheminée, attristées,
Ourlant aux souvenirs un précieux bâti :
Inusable froncis que le deuil abêti,
Lorsque les ans s’obstinent sans subsister.
Femmes de Paris, quand ma plume masquera
De vos désuets poncifs, chaque stéréotype,
Mon encre posera au bloc du linotype,
D’éparses gouttes chargeant du diptyque,
L’iconique ébauche que le temps marquera.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
