Tu mûris sur la branche, doux fruit printanier ;
Il y a sous ta robe, un exquis velouté,
Et qui régalera _ à n’en point douter _
Assoiffée de nectar, celle qui porte panier.
Aux possibles cueillettes, quand hardi,
Le soleil pénètre tes rondeurs, le vent
Vient souffler sur ta peau, et en la soulevant,
Ta gracieuse robe, en l’aube ragaillardie.
Sur ma lippe tendue, aux moites caléfactions,
J’aspire du liquoreux enjôlant ma quémande,
En de brèves sucées, ta saveur amande,
Ton généreux nanan, riches d’olfaction.
L’hiver, aux lunes crevassées, l’arbre défait
De son port altier, pleure de te voir mourir
Aux vespérales… comment va-t-il nourrir
Le pérégrin fourbu, l’enfant insatisfait ?
Narre-moi tes voyages : du ventre de la
terre,
Aux noduleuses branches ! pleures-tu au
matin,
Si les brises enserrent le gluant abiétin,
Et de nos chaudes serres, l’alvéole acrotère.
Quand perle la rosée, et s’émoussent les bruines,
Le feuillage amadoue les insectes friands
De ta chair en offrande, ton goûteux liant ;
J’envie ces vagabonds survolant chaque ruine
Rehaussant ta superbe… ils ne pourront jamais,
De leurs tristes décombres, caresser ton velours,
Ni même s’accoter à tes rames ; quoique lourd,
Le vieux strix, en fougueux nyctalope s’abîmait
A ravir aux fauvettes légères, ta sirupeuse lie ;
Hélas ! ne pût de son pugnace bec, accrocher
Le tubule dont tu gardes, farouche_ le crochet
Soutenant ta cambrure aux aurores pâlies.
En coupe vermeille, ou aux beaux étalages,
Tu rayonnes toujours, étrange gourmandise
Dont la suave lèvre_ ce, quoique on en dise,
Absorbe le vigoureux, du souple cartilage.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
