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samedi 19 juin 2021

PRECIEUSE BOUCLE

PRECIEUSE BOUCLE

 

Mon île est une fenêtre ouverte sur les eaux :

Les eaux bleues d’Amérique reflétant en un soir,

Les étoiles superbes du précieux ostensoir

De l’onde magnifiée de l’élégant fuseau

Qu’est la mer des Antilles : immense corridor

Où se perdent les vagues de lointains cyclones,

Cylindre dont la lame écume, puis abandonne

Le spumeux ressac, quand la rive s’endort.

 

Mon île est un oiseau aux ailes déployées

Aux vents tièdes d’avril, aux premières marées ;

S’y abandonnent les flux éjectés des marais

Et qu’enserrent les rus s’y venant louvoyer.

 

Aux grasses saucées de somnolentes nuits,

Chahutant sur la proue des galiotes perdues,

Les lucioles projettent des reflets ardus

Que percent les rayons d’inusables conduits.

 

L’on perçoit à deux lieues des mortes-fontaines,

Le roulis de la bâille éclatée sous la nappe…

Le bruissement d’étranges clapotis encape

Peu à peu, du silence, l’épaisse tiretaine.

 

Mon île, cette oasis sise au ventre des terres,

Allume des cortèges de princières flammèches ;

Son bedon alimente du chenal qui s’assèche,

Le longiligne estuaire, le support acrotère.

 

Couleurs mordorées, chatoyantes livrées

Se viennent poser au revers de sa mue,

Avant que d’éclater en nos larmes émues,

Quand la Pélée poudroie son armure cuivrée.

 

Je la vois comme un livre d’images, bestiaire

Où la faune, de guingois, pénètre ses forêts ;

Aux rires confondus, semblent s’y perforer

La molle retenue de lunes altières…

 

Son passé voudrait et la nuit et le jour, hanter

De lourds poncifs ma mémoire captive

De souvenirs écurés de ces pompes actives,

En l’historiographie trop souvent supplantée

 

De censeurs maniérés (ou fantasques), ces sages

Bedonnants et grincheux, en parade parfois

Sous la nef de chapelles fardées… sans foi,

Ces aristarques: fins métaphrastes, encagent

 

D’inutiles contraintes la beauté de l’atoll posé

En diadème sur l’océan marbré : unique

Joyau clair, chaste tiare des tropiques,

Miroitant sous la nue… ô belle Martinique,

Capresse de mes désirs d’amant nu sous la crique

Où ma peau métissée s'y vient reposer_

 

Dompte ma volonté de capricieux corsaire

Te voulant déparer de tes plus beaux atours !

Gifle de mon profil, jusqu’à son flou contour,

Les arrogants stigmates du regard insincère !

 

Que j’aie, au son de la mitraille, le temps d’aimer,

Ecorché de houleuses contraintes, percé sans autre,

De la juste pointe de ton accent… le nôtre (!?) …

J’eus souhaité renaître sous ta peau animée.

 

Splendide quarteronne, tu nargues l’incivil :

Potentat pugnace, voire ténébreux, ce mâle,

Rogue cruel lié aux soufflées hiémales,

Encavé en l’ossuaire d’un ministre servile.

 

Martinique, maritime compagne, saline berme

Empruntée de pas éthérés, je pose à ton cou,

De biens nobles baisers, pour du blessant licou,

Détresser la penaille… enfin y mettre terme !  

   

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021