Elle avait l’âge des
mensonges faciles,
Des premières fugues,
des envies d’autre-part ;
Elle avait le sourire
des capresses des îles,
Le charme tourmenté d’impossibles
départs…
Elle avait les yeux
clairs de l’enfance fragile,
L’ambitieuse moue des
filles de vingt ans ;
Elle marchait sur la
mousse… gracile
Comme les daines… de l’aube,
se grisant.
On la voyait courir sur
les champs encor verts,
S’esbaudir des rais
bleus de l’été souverain ;
Sa bouche soufflait des
mots savourés du trouvère
Qui, au matin d’avril,
s’enlaçait à ses reins.
Des nuits vagabondes, conquises
en la pâleur
De ses rêves bizarres, s’ajustaient
des envies
Proches de l’indécence, éveillant sa douleur
De femme en devenir,
comme d’une autre vie,
La douceur pénétrée de
sa soif d’aimer,
La saveur de l’être,
aux ides, sublimée…
Ce baume dont les
nixes espèrent bienfaisance ;
Sa peau ointe de
fragrances nouvelles aspirait
De l’audace, autant que
de la retenue, l’offense
Faite aux vestales,
liant sans mal, la désespérée.
Elle portait le sang
bleu de l’infante d’Espagne,
Les fièvres de l’ondine
enviée des béguines ;
Pour elle, l’odalisque
irait battre campagne,
Offrant à ses
victoires, des pulsions sanguines.
Monya, conquérante
soliste de nocturnes,
Était _ c’eût
été raisonnable de le taire ! _
Une noble caresse enjôlée
de Saturne :
Une esquisse pochée au-delà
de l’Ether ;
Pour elle, me ferais en
d’autres aquarelles,
Infaillible aquatinte
percée de part en part
D’irascibles rais pris
à l’atemporel,
Baignés de lumières
éblouissant l’espar.
Aux heures contrefaites
de la vieille clepsydre,
Quand l’automne
flattera d’un fade requiem,
La sénescence pleine, cœur
bâillonné, en hydre,
Me reposerai, terrassé
d'anathèmes,
Sous ses chaudes
dentelles, en l’aurore blême,
Respirant de sa mue,
aux voiles que l’on sème,
L’appréciable lie
insupportée d’anhydres…
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
