Il pleut de froids matins sur les terres brûlées,
Au ventre du Sertao ; le sable du désert
Recouvre de la dune enfiévrée de misères,
De râles trompeurs, que l’on entend hurler
Au soir où les nomades fuient calmement
Des plaines endormies, le tellurique souffle
Montant du crénelage que le lierre camoufle,
Sertissant le buisson d’un halo l’abîmant.
Il pleut des brumes enserrant les collines,
D’opaques nues plissées de vents légers ;
Les cités se vêtent de nébuleuses purgées
De pluies acides, de bruines alcalines.
Aux aubades enivrées de senteurs,
La flore boute la faune empressée de vêler
Sur les champs parfumés, les bermes nivelées,
Et qu’emprunte au soir, l’auster viciateur.
Personne ne s’éveille en ces indisciplines,
Sans baguer du raffut, le désordre mutant,
Sans encerner du flou, le nimbe permutant
De la masse liquide, la brève thermocline.
De ces métamorphoses, au rébus qui l’entoure,
N’est rien de plus triste, de plus consternant,
Que les fous cumulets en ce jeu permanent
Où la nature étrangle ses spongieux contours.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
