Etes-vous encor là ?
Madame, j’ai trouvé en mes secrets tiroirs,
Vos lettres d’amoureuse : désuètes épistoles
Dont les mots surannés éveillent du boudoir,
Les rires affectés de damoiselles folles, folles
D’avoir en de troublants baisers, accordé
Au preste damoiseau, sans retenue aucune,
Ce corps pourtant rétif aux caresses fardées
De godelureaux attisant les braises de rancune.
D’une main malhabile, vous me narriez,
Avec la candeur dont s’entichent sans mal,
Les prétendues vierges, les biches mal mariées,
Me narriez_ disais-je_
en l’aube subliminale,
Peines et joies du quotidien vôtre ; épuisée,
La constance livrait, en montre de colère,
Les regrets, l’angoisse voulant amenuiser
De vos gestes graciles placés en jugulaire,
L'écrin de la vraie liberté ; cette topaze
Auréole la femme défaite de liens, reine
Au trône du désir dont malgré soi, s'efface
Le souffle du galant que le plaisir entraîne,
Avant que de gésir, au faîte de l'hédonisme ;
Il encage la muse callipyge, repue,
Entrailles pleines, en ce sybaritisme
Aux fiévreuses coulées de reflux corrompus.
Madame, vous souvient-il en l’aurore, seuls
Amants sous les ponts de Paris ? Sombrait
La Seine, son lit dévié du moite linceul
Du canal aux écluses cambrées…
Nos lèvres s’aimantaient, s’oubliaient,
Avant que de renaître du deuil de l’absence…
Vous étiez jeune et belle, rebelle… déliée
De contraintes… Qui dirait que l’offense,
Un jour, ramènerait vos pas désaccordés
Au seuil de mon chagrin !… femme devenue,
Vous prîtes mon bonheur, pour mieux l’émonder
De la solitude, ce cloître, où le cœur ingénu
Foule de l’apparence, chaque métamorphose…
Vous l’avez épousé ; lui, vous a juste séduite,
Pour fuir de la vieillesse, la mue d’anamorphose ;
De fallacieux serments, vous fûtes enduite.
Ai vu s’évanouir les heures du passé,
Foulant du devenir, le bancal trépied…
Vos missives donnent ton aux rêves trépassés
Dont l’ivresse me lie, et sans y perdre pied.
Chahutaient les grelots de la félicité,
Tintinnabulait la cloche de l’extase ; allions,
Amoureux, au lit de la paresse… excités,
Poser au froid satin, en subtils trublions,
Les fatales étreintes, plaintifs geignements
D’énamourés vainqueurs de la parénèse,
Ecclésiales semonces... en garnements
Défiant les clauses d'ordalie ; l’anamnèse,
Pour armure; haubert, rude diagenèse
Au revers du possible… et sans linéaments…
Avions pris le chemin du désordre, altiers,
Sans comprendre que tout se paye... tout ;
Du moindre cillement, à la belle amitié
D’enfants captifs de l’interdit, ce fourre-tout
Où s’entassent rires et pleurs, que tatoue
La pensée quand on s’offre… entier.
Au tombeau
des regrets, se côtoieront nos ombres ;
Il fait
si froid en ce corridor sombre…
Armand Mando
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