MEDITATI IN ALIUM LOCUM*
Imagine un ailleurs
Oh !
Comme elles sont belles, en l’azur,
Les
volutes cuivrées du soleil de l’avril,
Quand
le printemps rassure le fébrile
Hypnotisé,
perdu en l’horrible masure
Dressée
sur champ de ruines, l’ébrasure
De
baie, où s’affaire le larvaire agrile…
Imagine
un ailleurs étoilé de faisceaux
Inondant
des plaines, le hallier flottant,
Le buis
à l’ombre du marais… l’autan,
En l’ouate, au-dessus du ruisseau,
En souffle
les friselis... par seaux,
S'y déversent
les bruines du temps !
A ouïr
de l’écho, au soir, le réduplicatif,
Les silences
pénètrent la douceur
Des nuits
en devenir… s’émousse la rousseur
Du soleil, aux pointes du récif…
En la vespérale paresse, des ombres
En louvoiement,
des profils, des lignes
Bordent
la perspective, qu'assignent
Les cheminées aux arabesques sombres.
Cet ailleurs, l’imaginative le couronne
De parhélie ; la pensée confisque
Au renouveau, sur stèle d’obélisque,
Radiance
voulue… posée à même trône,
La lumière enchatonne ses rais
Au diadème de journées affadies ;
L’hétérogénéité
d'orbites roidies
Semble, peu à peu, perdre attrait,
Purgée des miasmes aspirés de l’adret
De noires cimes, dont l’Ether s’esbaudit.
De loin
en loin, au souffle du bouquetin
Repu de cytise, les troupeaux s’affairent,
Pour de
la paissance, savourer sur la sente,
Aux sillons
herbus, les fruits éclatés… lente
Désaffection de nature ; elle indiffère
L’oiseau
bleu de la nue cotonneuse,
En l'empreinte de vents désaccordés :
Foulures dont zéphyr vient carder
Les
pâlichonnes rides de nébuleuse.
Quel ailleurs, quelles fièvres ! Ces chemins
Liés
de malhabiles mains... croquis,
Vexantes
pochades… l’œil vif, par acquit,
En concède
allégeance, lui baisant la main ;
Du
froid classicisme, au fauve de carmin,
L’artiste,
de la plume, au soyeux de l’étoupe,
Donne aux
mots-accessoire, l’aquarelle,
La majesté
d’un art irradié de dentelles,
De ganse, guipure, dont le dessin découpe,
Telle l’encre
du rhéteur, les fastueux entrelacs
De la
sonorité, au feutrage du style, autant
Qu’il
le lui soit permis, en mouchant l’hésitant
Dont le
laïus cacarde d’inadéquats ressacs…
S’il est un ailleurs, sous la sylve des pans,
Autre Brocéliande d’apocryphes fanés ;
S’il
est un outre-lieu de parchemin tanné,
Une cocagne dont la pensée dépend,
Alors,
il y a sûrement, en l’encre de mes mots,
Une île
tropicale que la Pelée caresse encor
De ses laviques
suées, un jardin pour enclore
De la
terre meurtrie, les telluriques fermaux
D’un
volcan somnolent, dont Saint-Pierre
Épie,
avant que de se plaindre, le cornage,
Sous la
glotte de l’onde alanguie… y nage
La sirène
écaillée, la naïade… sous la pierre
De
coralines cuves, d’où s’échappent souvent,
Le fretin
et la houle des îles sous le vent,
La
faune, la flore, ivres, par trop altières…
Ailleurs,
je fais montre de parcimonie,
L’offrande
de ma doublure fait caprices
Aux rêveries
tronquées d’haruspices ;
Ces vilains gravissent gémonies
Pour clouer
au pinacle des fats, ma queste
De trouvère
sans attaches… j’en atteste,
En narrateur
arrimé aux septains du poète
Antoine
de Gentile, la vaillance, dont s’apprête
L’élégie insufflée céans, de l'almageste.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020
