DELUSUS
AB ELEMENTIS*
Dupés des éléments
Le bateau vogue seul sur la houle…
Vois, la mer bave ses dernières écumes !
La lame agitée que les vagues refoulent,
S’écrase au récif que la berge bitume.
Se meurent, peu à peu, en l’aube écarlate,
Les sauvages marées entrelacées d’embruns ;
La baille s’écrase dessus la roche plate,
Avant de s’évider, le long du rivage brun…
Où vont mourir au soir, les tempêtes noires,
Les cyclones mordus de cycliques ventées ?
Qui fait naître et mourir au col de l’entonnoir,
Les spumescentes bruines s’y laissant décanter ?
Enfourchée de cotonneux blizzards, la nature
Perd pied ; lasse, ingurgite de la pulvérulence
Déliée des galiotes, la poudreuse ; de la mâture,
Le rostre écaillé écorne sa vaillance,
Modulé sous les flots en cacarde… s’ébrèche,
Du faîte d'éléments, la rageuse béance :
Insolente coulure venant percer en brèche,
La coque du gréage, la cale d’abondance…
Pendue au col de la désespérance, la périssoire,
A vue, navigue sur l’onduleuse nappe, repue
De tant de déprécations… l’audace est accessoire,
Quand s’ébrouent, des typhons corrompus,
Les vents salés du Nord, le nébuleux noroît…
Les hommes las, meurtris de perspectives,
Pensées aliénées…
en fiers Audomarois,
Escaladent l’hunier, l'œil sur la dérive,
Le merlin… luttent, en ce froid intense,
Carguant de la vergue, le noduleux cordage ;
Blessée de la manœuvre en sa constance,
S’étiole la tornade vaincue, humiliée ; otage,
En ces travées, s’essouffle, pour disparaître,
Avalée des gigantesques fonds ; la vie
Reprend, après moult tressauts, pour renaître,
Ses droits existentiels, amplifiée d’envies,
De besoins… que sais-je ! Parfois, elle dévie,
S’allonge, déconfite… puis, se relève, ravie
D’avoir bercé en son sein maritime, le maître
De sa rétrocession ; sans mal, il l’anoblit au parvis
Des reines graciées, pour ne s’en plus démettre.
Armand Mando
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