OPHELIA
DULCIS*
Douce Ophélie
Appelle-moi à l’aube, quand rougeoient
Sur la dune, les rayons du soleil
Équarrissant la plaine, que s’éveillent
Les songes dépités, refoulés de nos joies !
Élague de mon cep, les noduleux stolons,
Sans que j’aie à m’en faire, ô douce Ophélie !
Ébranche les rameaux de mon ciel de lit !
Les oiseaux en épandent au point de l’aquilon,
Quelques bribes soufflées, avant de disparaître,
Pour ne plus revenir en ébarber du stipe,
Les ligneuses travées guipées en serpentins,
Canetées en l’aurore, aux gemmules à naître.
Défais-moi des langes ignorés du putto,
Ces braies de Germanie, ces défroques mitées !
Vêts-moi du froid satin de ton ambiguïté !
Je jouerai à te plaire, en un sostenuto
Retenu à l’ivresse de l’agitato ;
s’en effeuillent,
Du clavecin superbe, en un con affetto proche
Du mezzo voce, les coulures d’ébauches
Iconiques… sanglots inhérents à ce deuil.
Ophélie, enfant sage, pudibonde rêveuse,
Fais-moi, de tes marelles, pénétrer le crayeux !
Tracerai, à mon tour, un profond emposieu
Pour retenir tes pleurs de nymphette songeuse.
A verse, à ton col, roulent des baisers
Dont je ne suis plus maître… qui sont ces damoiseaux
Efféminés, en chausses ? Où nagent ces oiseaux
Dont l’azur de surface,
par eux, semble brisé ?...
Viennent-ils pourfendre tes sentiments,
Maculer de vexatoires blandices, en mégalomanes,
La tienne retenue ? De quels influx, émanent
L’ahanasse poussée, cordée de faux-serments,
Et qu’égrènent les pitres en bouffettes, gilles
Bariolés, pirouettant en derviches, à tes pieds ?
Ne me laisse, à ce pesant licol, épier
Le faste écorné de gestuelles agiles !
Ophélie, ma précieuse, concède-moi
L’extase du galant ! Ferai de nos jeux,
Sans simulacre aucun, un précieux enjeu,
Une prospère mise… débouterai de l’Ether nuageux,
Les tenaces volutes, les tortillons fangeux,
Pour un ciel plus clair, sans craintes, ni émois.
Armand Mando
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