OBLIVISCATUR
EIUS*
Oublie
Oublie que mes matins s’affolent, s’engourdissent
Au creux de ce grand lit que tu as déserté !
Oublie l’adolescence ; il faut que je grandisse
Dans les vapeurs de nuits autrefois essartées
D’amants qui, des rives, aux couches d’infortune,
Ont conjugué de fiévreuses étreintes, captifs
De lunes griffant les bordures falunes,
Berges du littoral jouxtées de vieux récifs !
Oublie les premières neiges, la trace des sabots
De vieilles carnes éreintées en l’hiver :
Pauvres haridelles escortées de cabots,
Sous les soyeux flocons d’un ciel à découvert !
Oublie les mots d’amour étranglés en ma gorge,
Les niaiseries sucrées du maladroit béjaune
Soupirant au revers de ma peau, cette forge
Où s’empilent aux rêves, des vues monotones !
Oublie les rendez-vous manqués, les larmes
De marins sur un océan d’encre, les pleurs
En déversoir, quand s’évente le charme,
Se meurent les rires épandant de l’humeur,
En quelques ritournelles, l’extase du galant
Prêt à faire siennes, les plus belles romances,
Les suaves élégies soufflées d’un cœur brûlant !
Oublie de la tendresse, les ultimes percées !
Il te faut revenir au temps des amours mortes,
Effacer sans rougir, de l’ivresse bercée
De fades souvenirs, les sillons que déportent
Les premières caresses, les langoureux frissons,
Les chœurs de cathédrale, chantant à l'unisson!
***
A ta porte, un matin, quand il fera soleil,
Des silhouettes d’amants arborant écussons,
D’exsangues profils émargés du sommeil,
Te viendront annoncer, ces hésitants bessons : _
*
S’en est allé voir de l’autre côté, les couleurs
Du
bel arc-en ciel que tutoient les enfants,
A déposé
sa gerbe de peines, de douleurs,
Afin, du
Divin Créateur, au son de l’olifant,
Recevoir
la couronne bénie… glorifiant
Le Père,
louant Le Fils… L’Agneau Rédempteur.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020
