CLARA DIE PARVULIS
Enfants des clairs matins
Les enfants portent au cœur des comptines,
De savantes mimiques, d’irrésistibles moues ;
Ils savent, mieux que nous, sans panique,
Estoquer des peines, les fastidieux remous.
Les enfants-aquarelles de nos livres d’images,
Courent sur les nuages de pays de cocagne,
Viennent d’outre-lieu… l’imaginaire voyage,
Quand la pensée bat seule la campagne.
L'enfance vagabonde sur des terres meurtries ;
L’aube s’y évapore en un petit matin… elle voit
Du doux regard de l’amoureux contrit,
Naître la flamme bleue du regard qui louvoie.
Chahute l'enfance en ces heures flottantes,
Avant que de se taire au soir sans lune,
Aux prémices du rêve enclos de résilience ;
La peur du noir en tacle l'infortune...
Au trottoir de nos grandes cités, longe
Du caniveau aux reflux discordants, la baille,
Le cordon de lido ; les marigots les rongent,
Ajustés aux lagunes attifées de débraille.
Les enfants effacent du passé, bien trop tôt,
Les brimades serties de fièvres d’antan,
Et qu’évente l’argot de poussifs hottentots,
Ces petites griffures emportées par l’autan,
Enfant, en de cahoteuses bermes, sentes
Empruntées d’ignobles consignataires,
Futur de jaseurs aux joutes offensantes,
Ai vu mon devenir hué de piques délétères :
Quand l’enfance prend l’eau, s’éteint l’humeur
Arrimée au septain de nos plaisants poèmes ;
Chagrins et déshérences se meurent
Au sein des clichés d’autrefois... les mêmes,
En la recognition des exploits de jadis ;
Les rides du péché s’en viennent muter…
Seuls, brisés en l’agonie… sans plus jamais douter,
S’éraillent les jeudis pénétrés d'interdits,
Les dimanches harnachés au col de l’inédit…
Redevenons poussière de caveau… déboutés
Des promesses muées de phonie veloutée
De baveux esbroufeurs au langage affadi.
Armand Mando
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