ABSENTIA
UISUS
Le
regard de l’absence
J’ai tant de fois jeté ma pâture aux chiens,
Que mendiant devenu… ne me reste plus rien ;
Ai cru que le bonheur me déferait des liens
Dont m’enjuguent encor les âpres gordiens.
J’ai vu naître et mourir, un peu plus, chaque nuit,
L’astre estropié, dont l’azur, en y posant enduit,
A maquillé l’espace… là, les orbes gris fuient
Les mailles boulochées de vaporeuses suies.
J’ai vu poindre du clair renouveau, des soleils
S’affaissant aux grands soirs au tertre du sommeil,
Des lunes étirées, des décans veloutés de vermeil,
Et qu’enfumaient parfois, les brumes d’avant-veille.
La doublure de l'incohérence est un bâti sans fil,
Grossier ourlet canalisant, aux heures qui défilent,
Les chaudes poussières de l’imposante ville…
Sur elles, s’alourdissent nos échasses fébriles.
Ai regardé, à l’ombre du putiet, les noduleux stolons
Étrangler de l’écorce les hideuses plaies, le long
De rudes cannelures… quand soufflait l’aquilon,
S’émiettent les entailles, sous le rhizome oblong.
A tant épier la nature en deuil, me suis désaccordé
Des musiques... l’onde m'en berçait, sans déborder
De la cuve, qu’aux froids, viennent saborder
Les spumescentes vagues... avant de transborder.
A ma plume loquace, s’arriment des absences…
Ne les point laisserai vaincre l’indifférence ;
Elle s’y doit soumettre, quand lesté d’inscience,
Le fat s’accoutre du raglan de sapience.
Armand Mando
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