QUA
MELIUS HABUERIT*
Pour s’amender
Ecrire, pour voyager au-delà de la nue,
Atteindre des monts neigeux, le faîte ;
Ecrire, pour modeler de l’odalisque nue,
La hanche de porphyre, en un matin de fête,
La gorge parfumée, quand l’amante s’apprête
A plisser de la lèvre, en boudeuse ingénue,
Les secrètes ridules, les profondes fossettes
Animées du mafflu, dont le vent émiette
En la risée superbe, les rires soutenus.
Ecrire, avant de naître de plaisirs, de luttes
Encordés au filin de l’offense… inassouvie,
La plume, de guerre lasse, fait encor culbute,
Avant que de griffer des possibles envies,
La ténuité, en la délicatesse, que ravit
Le phonème, en l’abstrait que rebute
La polyphonie... en rebelle haquebute
Ronflant sourdes salves, sans vie.
Ecrire, au matin blême, aux ombres figées,
Éveillées d’humeur, d’acariâtres poussées ;
Ecrire, pour bannir les amours mitigées,
Unions sans grâces dont on veut repousser,
Avant qu’elles fondent, les désirs impulsés:
Obsédantes visées de l’amativité négligée
Du galant prétendu libre, quitte à s’infliger,
En cette perspective, sans s’oppresser,
De concises règles, d’évolutives pensées.
Ecrire : j’ai
dix ans ; ma bohème est un champ
Au bord
de la rigole, enclos, sous ciel ivoire ;
Je joue,
pour enfreindre la peur, et au couchant,
A n’être
plus moi… comment le concevoir ?
Hélas !... Ceux qui peuvent me voir,
Disent
que je m'égare, effarouchant
Ma
silhouette floue, profil qui, en cachant,
Frôle en l’air cendré, à deux lieues du lavoir,
L'elfe de mes contes livresques, attouchant
De ma
mue d'enfant, tout en les détachant,
Les rides... elles semblent s'en émouvoir…
Jeunesse,
mon empire, ma crayeuse lie,
Toi qui pourfends de mes larmes bleues,
Le
rideau, défaits-moi de ce parhélie
M'enserrant
l'âme, ce mirage suiffeux !
Dessine-moi
l’espace où l'astre de feu
Allume mon regard !… de la pareidolie,
Les
orbes semblent réels, du dôme d’enfeus
Posés entre
les niches du petit-bois-joli.
Je dirai
aux amis… quand vous verrez
L’enfant sous ma peau, ce poupard
Qui de
tout, s’émerveille, vous saurez
A mes
mots... sagement, prendre part !
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020


