NOCIVIS APPETITUS*
Nocive
appétence
Au ruisseau de tes larmes, me suis abreuvé ;
J’ai bu des fins cristaux de tes pleurs nacrés,
La fluide effilure se laissant dériver,
Les froides gouttelettes s’y venant ancrer.
Ai mordu à tes rires emperlés de malices,
Le pulpeux contrefort, afin d’en savourer
La gracieuse lie dégelant les canisses
Entre lesquelles halètent des mots édulcorés.
Ai longtemps attendu, égaré au cylindre du temps,
Que tu donnes à ma soif la réserve tienne ;
Me suis fait échevin, déliant de ton verbe hésitant,
En de péremptoires édits, la mesure antienne.
S’il fallait trahir
de mes convictions, céans,
La profonde teneur, irais pour te captiver,
De finaudes gausses, en mensonges géants,
Au faîte du cratère, pour ne point dériver…
Mes lunes te seraient profitables ; elles poseraient,
Déliées de leurs décans, de lumineux faisceaux
Enviés du bel astre qui s’en approcherait,
Pour du fin diadème, enclore de son sceau,
La tiare scintillant, quand passe le vaisseau
Sur l’onde chavirée du roulis des marées…
Je voudrais à tes lèvres, m’enivrer de soupirs,
D’offensives prétentions… voir mûrir tes décrets,
Pour seul, en éventer au tertre de cet empire,
Les subtiles formules, tous les accords secrets…
Semblables aux cédules, les mots font déclaration
Du mal m’enserrant, du chagrin m’accoutrant
De criardes breloques, de nippes de faction,
Aux grands froids, la nuit, me pénétrant,
Quand j’avance, âme en peine, cœur nu,
Sur l’immense avenue jouxtée de ces ruelles
Où les chattes promènent leur galbe charnu,
Piètrement encagé de résilles cruelles,
Je comprends, sans le dire, la douleur du héros
Vainqueur… mais, estropié, isolé de la troupe
Lui faisant hier, escorte…il devient le faraud
D’une triste victoire dont le succès l’étoupe.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020
