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dimanche 11 octobre 2020

AMICUS MEUS*

 

AMICUS MEUS*

Mon ami

 

Tu étais mon seul ami, un frère en qui

J’avais mis mes espoirs… j’aurais pu, avec toi,

Aux heures douloureuses, prendre le maquis,

Sans montre d’orgueil, sans froncement matois.

 

Tu as traîné dans la boue, mon prénom,

Piétiné cette enfance dont nous fûmes liés,

Souillé l’adolescence… de nos belles Manon,

Aux pimbêches de l’ombre, sous le vert hallier,

 

Avions des mêmes joies, aspiré quintessence,

De la soif, apaisé brûlures, et sans plaintes ;

Nous voilà, aujourd’hui, au faîte de l’absence,

De la cocagne, inutiles objets de feinte !…

 

Quand le temps déchirait le tissu de tes rires,

Je posais aux sillons des larmes, d'autres mots

Vrais, ondulés de quiétude… et sans jamais férir ;

Heureux de retrouver tous nos jeux de marmots,

 

Aux portes de ludiques promesses…  belle époque,

Mais, triste souvenance… j’aurais tant voulu

Éteindre les braises, souffler des tisons glauques,

Balayer d’hier, les bribes du passé vermoulu,

 

La lugubre chaleur, taire la caloricité de ce feu

Sans constance… puis, tirer révérence, fier

D’avoir conquis les vieux contours suiffeux

De la cognition, pour, sans mal, en extraire,

 

La répugnance de candeur et de nocivité ;

Hélas, il est des monts ardus, d’absconses quêtes,

Que ne peuvent franchir, céans, en l’incivilité,

Les barbares lestés de pesantes défaites…

 

Tu étais mon ami, je savais tes besoins, traduisais

De tes évasions, les moindres tentatives…

Aux jachères de la puérilité, sans l’user,

Semions, aux douces réjouissances, l’active

Métempsychose alunée en nos vies réactives,

Nos visions de géants, nos regards médusés…

 


Nos passions livresques nous aidaient à atteindre

De la maturité, les insolents degrés… nos filles

De papier, ces poupées, agrémentaient, sans geindre

Puisque sevrées de l’absolu, nos fluettes esquilles

 

Qui, du masturbatoire, emplissaient le mandrin

Retenu de malhabile main, le laminoir

Pressé du va-et vient dont l’illusoire écrin

Encage le mouvement da capo… dans le noir.

 

Ami, mon ami, toi,  l’encre de mes maux, le sang

De mes pantoums, soldat de mes victoires sises

Au panthéon de la riche jouvence… en blessant

Ton ego, ai-je plombé l’orgueil ceint de méprises

Dont tu te fais archonte ? Dessertie de l’emprise

Du piètre écrivassier, ce plumitif disert, vexant,

Ai fait, sans ronds-de jambes, du verbe indécent,

Banale resucée de censeurs enfiellés d'entremises.

 

S’il te prend, en des nuits décadrées, l’envie de voir

Au-delà de l’offense, sache, ami très cher, mon frère,

Mon vaillant héros dont je suis plus que fier,

Que l’ivresse à atteindre est un puissant pouvoir

Dont s’honore le sage, qui, sans s’en émouvoir,

Encloue de la vertu, les prémices, pour plaire

Aux jeunes drilles s’y voulant là, mouvoir,

Aux complies de nonces abdicataires.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020