AMICUS
MEUS*
Mon ami
Tu étais mon seul ami, un frère en qui
J’avais mis mes espoirs… j’aurais pu, avec toi,
Aux heures douloureuses, prendre le maquis,
Sans montre d’orgueil, sans froncement matois.
Tu as traîné dans la boue, mon prénom,
Piétiné cette enfance dont nous fûmes liés,
Souillé l’adolescence… de nos belles Manon,
Aux pimbêches de l’ombre, sous le vert hallier,
Avions des mêmes joies, aspiré quintessence,
De la soif, apaisé brûlures, et sans plaintes ;
Nous voilà, aujourd’hui, au faîte de l’absence,
De la cocagne, inutiles objets de feinte !…
Quand le temps déchirait le tissu de tes rires,
Je posais aux sillons des larmes, d'autres mots
Vrais, ondulés de quiétude… et sans jamais férir ;
Heureux de retrouver tous nos jeux de marmots,
Aux portes de ludiques promesses… belle époque,
Mais, triste souvenance… j’aurais tant voulu
Éteindre les braises, souffler des tisons glauques,
Balayer d’hier, les bribes du passé vermoulu,
La lugubre chaleur, taire la caloricité de ce feu
Sans constance… puis, tirer révérence, fier
D’avoir conquis les vieux contours suiffeux
De la cognition, pour, sans mal, en extraire,
La répugnance de candeur et de nocivité ;
Hélas, il est des monts ardus, d’absconses quêtes,
Que ne peuvent franchir, céans, en l’incivilité,
Les barbares lestés de pesantes défaites…
Tu étais mon ami, je savais tes besoins, traduisais
De tes évasions, les moindres tentatives…
Aux jachères de la puérilité, sans l’user,
Semions, aux douces réjouissances, l’active
Métempsychose alunée en nos vies réactives,
Nos visions de géants, nos regards médusés…
Nos passions livresques nous aidaient à atteindre
De la maturité, les insolents degrés… nos filles
De papier, ces poupées, agrémentaient, sans geindre
Puisque sevrées de l’absolu, nos fluettes esquilles
Qui, du masturbatoire, emplissaient le mandrin
Retenu de malhabile main, le laminoir
Pressé du va-et vient dont l’illusoire écrin
Encage le mouvement da
capo… dans le noir.
Ami, mon ami, toi, l’encre
de mes maux, le sang
De mes pantoums, soldat de mes victoires sises
Au panthéon de la riche jouvence… en blessant
Ton ego, ai-je plombé l’orgueil ceint de méprises
Dont tu te fais archonte ? Dessertie de l’emprise
Du piètre écrivassier, ce plumitif disert, vexant,
Ai fait, sans ronds-de jambes, du verbe indécent,
Banale resucée de censeurs enfiellés d'entremises.
S’il te prend, en des nuits décadrées, l’envie de voir
Au-delà de l’offense, sache, ami très cher, mon frère,
Mon vaillant héros dont je suis plus que fier,
Que l’ivresse à atteindre est un puissant pouvoir
Dont s’honore le sage, qui, sans s’en émouvoir,
Encloue de la vertu, les prémices, pour plaire
Aux jeunes drilles s’y voulant là, mouvoir,
Aux complies de nonces abdicataires.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020

