Jardins de séduction
Venez voir refleurir les jardins de Suzhou,
Le Nong Nooch de Thaïlande ; à Majorelle,
Les fleurs de Marocco aux teintes aquarelles,
Le beau genévrier s’enchevêtrer au houx !…
Qu'est-il de plus beau aux sillons d’Alhambra,
Aux portes de Villandry, au déversoir pavé !
Au cœur de Keukenhof, la Hollande se vêt
De chaudes radiances, en nous ouvrant les bras.
Kyoto, au temple de Kinkaku-ji, redessine l'allée
Où poussent à foison, d’aquatiques tubules
Semblables à l’alerte bambou agrafé en fibule
Au col de la nature fardée de mausolées.
Tivoli, l’aguicheuse, anime de senteurs,
De fragrances, le dôme de Renaissance,
L'architecture de la Villa d’Este, l’aisance
Du manoir retenu au matin enchanteur.
Au nord de Brentwood bay, éclosent
Sous la neige, quelques bourgeons percés
Du froid chinook ; les pluies l'ont bercé
Au rideau de coulées, de musiques encloses.
Des cuprifères tropiques, chez moi,
La Martinique cloue des brandons au regard
De tendres néophytes, qui, l’œil hagard,
Découvrent Balata, son royaume où larmoient
La rosée de décembre, les perles parfumées
Dont la flore superbe entaille les verts semis,
Au rythme de l’écho de ces tam-tams soumis
A l’ombrageux Kwoca
y venant parsemer
De fondantes biguines, de prestes mazurkas…
Les filles aux hanches pleines, fleur aux dents,
Entoilent nos jardins de tressauts discordants,
Qui, du Mont Périnelle mordu du paroka,
Aux plaines de Plaisance, enserrent le bedon
De ces terres bénies où les ombres s’effacent
Au chaud Phébus embué de mille traces
Émargées de la plage posée en édredon
Sur la rive aux spumescentes bailles, dont
L'écumes balaie les géloses tenaces.
Prenez de
ces jardins défaits de noires gerbes,
Ces belles
closeries ceintes de munificence,
Les renoncules aux pointes de faïence,
Voilant à l’aube, l'humidité de l'herbe !
Venez aux tortilles poudrées de sel marin,
Féeriques
couloirs de romances floutées
Aux amours pénétrées de la suave beauté !
Le séducteur s'en musse, au halo ivoirin.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020


