Naître avant
de crier
Qui a mis mon printemps en cage,
Qui l’a cloué au pal des souvenirs,
Au matin où s’éveille encor l’avenir,
Illustrant de la vie, les charmantes images ?
Quand j’ai vu son visage aux portes de mon lit,
J’ai su que l’amour s’en venait ici, naître ;
Il y avait des fleurs, qu’emportait le roulis
De la belle lagune... avant de disparaître
Des jardins désolés, du courtil vieillissant ;
Le froid a rentoilé les soupirs éventés,
Les râles du marin, les cris, envahissant
De prétentieux remous, leur colère butée.
Comme l’enfant blessé, qui avant de crier,
Se défait du carcan de la puérilité,
L’homme violenté, qui avant de pleurer,
Se cache du péché dont il a hérité,
La nature pourfend de dague princière,
Les blêmes rogatons de l’automne déchu ;
S’ouvre au renouveau, héroïque, altière,
Défaite du rude joug du feuillage branchu.
Lorsque ma peau agrémentée d’envies,
S’étire au jour nouveau, les yeux clairs
De la fille de mai, dont la voix me ravît,
Etoilent mon regard, et qu’éclairent parfois,
De doux miroitements teintés de nitescence ;
Mes songes en devenir, accusent du voyage,
Les possibles haltes, en cette efflorescence
Irradiant dès l’aube, mes plus belles pages.
Me voudrait-on griffer d’un hallier d’inconfort,
M’érafler de la pointe de la folle broussaille,
Si je pose des mots, sans farder du décor,
La carricature des ombres qui m’assaillent ?
Qui peut, de mes printemps, écaler la superbe,
Harnacher mes jouissances réceptives
Aux métamorphoses transgressées de l’acerbe,
Sans payer le prix fort, craindre l’imaginative
Dentelant du verbe les précieux accords ?
Sera-ce, en de douteux morphèmes,
Que les mots flatteront en l’ego, le monème,
Sans crisper du langage, pour l’enclore,
L’expressive gestuelle, la pantomimique,
Je veux de l’élégie, au printemps magnifié,
Aspirer la saveur, boire du liquoreux,
L’étrange velouté… aussi, pour ne me fier
Aux trompeuses invites, ces attraits poreux,
Je sarcle nuit et jour, les bordures
De cerces, et sans m’apitoyer, la nuit,
De l’atrabile qui, trop souvent perdure,
Pour, dès potron-minet, réactiver l’ennui.
Armand Mando ESPARTERO©
copyright 2021
