Irradiation
Il fait déjà soleil sur les plaines d’avril ;
Le laboureur s’empresse d’écobuer
Les terres endormies, à deux lieues du bouvril
Où paissent les génisses, en l’azur embué.
Il fait déjà matin, au nord de Carcassonne ;
Sur les remparts romains, le fief médiéval ;
Vaquent les vents ; en l’aube, ils frissonnent,
S’épanouissent au soir, en ce gracieux val.
De diaphanes rais auréolent la nue, nimbent
La lame soulevée des marées, s’ajustent encor
Aux flots bleus en cacarde, comme au limbe
D’exosphère empuantie du relent de mucors.
Il fait jour aux plages talées de promeneurs,
Aux hautes criques surplombant Etretat ;
Les pierreuses bosses entravent le flâneur
Musardant sur la berge, d’où l’onde s’apprêta.
Il fait chaud sur la dune de Cerro Blanco,
Au centre de Badain Jaran, au désert de Gobi,
Quand les astres étoilent le Pila, en l’écho
Souffleté de tempêtes déportées de Serbie.
Alors… il fait silence aux portes d’Almina,
Au Ras de Nouadhibou, l’estuaire de Cochin…
Reverdissent les sentes, où hier chemina
Mélusine, l’étrange bravant mille crachins.
