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samedi 24 avril 2021

ELEONORE

ELEONORE

 

Eléonore, mon affectueuse mie,

Revenez me sourire en l’automne,

Quand la grisaille bâfrée, monotone,

Se laisse digérer de piètres semis !

 

Faites-moi céladon de vos charmes,

Inopérants_ sans doute ! _ au regard

Du damoiseau blasé, dont le hagard

Toise la prétention, sans arme !

 

Eléonore, mon rêve, ma mutine nixe ;

Sous les eaux de vos pleurs, mes yeux

Perdent pied ; sera-ce en d’autres lieux

Que l’amour, sans lutte, s’y confisque ?

 

J’ai fait de mes nuits blanches, sans mal,

Boulevard emprunté de vils somnambules

Talant de la chaussée, la grisâtre fibule

Agrafée aux congères du souffle hiémal.

 

Eléonore, mon élégiaque muse, ondine

De mes stances pénétrées d’indulgence,

Je dérive de l’onde assagie, souveraine,

Tel le radeau remorqué en carène,

Au ventre mou de la crique saline…

 

Que n’aurais-je donné, pour enclore

De ma soif d’être enjugué au mât,

Ce pinacle dressé au for de l’anonymat,

Et qui, de la vacance, ignore le folklore !

 

Suis-je à ce point, ô douce hamadryade,

Dépendant du mutisme enjôlant encor,

Encor, et toujours, quand du sombre décor,

S’effiloche le rêve, votre moue, niée de l’accolade

Dont ma peau volontaire, sevrée de jérémiades,

Instille avec ardeur, et sans rodomontades,

De subtiles percées dont s’offense le corps,

Et qui, de l’âme pleine, ointe d’asclépiade,

Absolve la fragrance rejetée du mucor…

 

Eléonore, riche giselle de mon drapé de roi,

Mon cœur, cet insoumis, se soumet à vos lois !

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021