Eléonore, mon affectueuse mie,
Revenez me sourire en l’automne,
Quand la grisaille bâfrée, monotone,
Se laisse digérer de piètres semis !
Faites-moi céladon de vos charmes,
Inopérants_ sans doute ! _ au regard
Du damoiseau blasé, dont le hagard
Toise la prétention, sans arme !
Eléonore, mon rêve, ma mutine nixe ;
Sous les eaux de vos pleurs, mes yeux
Perdent pied ; sera-ce en d’autres lieux
Que l’amour, sans lutte, s’y confisque ?
J’ai fait de mes nuits blanches, sans mal,
Boulevard emprunté de vils somnambules
Talant de la chaussée, la grisâtre fibule
Agrafée aux congères du souffle hiémal.
Eléonore, mon élégiaque muse, ondine
De mes stances pénétrées d’indulgence,
Je dérive de l’onde assagie, souveraine,
Tel le radeau remorqué en carène,
Au ventre mou de la crique saline…
Que n’aurais-je donné, pour enclore
De ma soif d’être enjugué au mât,
Ce pinacle dressé au for de l’anonymat,
Et qui, de la vacance, ignore le folklore !
Suis-je à ce point, ô douce hamadryade,
Dépendant du mutisme enjôlant encor,
Encor, et toujours, quand du sombre décor,
S’effiloche le rêve, votre moue, niée de l’accolade
Dont ma peau volontaire, sevrée de jérémiades,
Instille avec ardeur, et sans rodomontades,
De subtiles percées dont s’offense le corps,
Et qui, de l’âme pleine, ointe d’asclépiade,
Absolve la fragrance rejetée du mucor…
Eléonore, riche giselle de mon drapé de roi,
Mon cœur, cet insoumis, se soumet à vos lois !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
