ALIUM MERIDIE*
Un autre Sud
_Extraits_
Des vallées brumeuses, le vent dépèce
Le faîte du bel arbre ; là, s'y rident les
eaux ;
Je me cache sous le vert roseau ;
J'écoute des orages, la folle hardiesse.
Je m’en vais cheminer vers le Sud,
Retrouver la Provence fleurie…
L'oiseau m'y a gardé un fidèle abri,
Protégeant des tonnelles, la
décrépitude.
Je traîne mon ombre du côté où Pagnol
Colore le moulin du sieur Daudet ;
Amusé, guilleret, j'y boude les farfadets…
Je suis pourtant si loin de ma case
créole.
Sur les cols érodés, pleuvent
des pluies butées ;
Le vieil olivier s'y laisse caresser,
Se penche, las, sur le sol, harassé
A deux pas du vieux pont où l'on danse
l’été.
Avignon, dans un bruit de frelons,
Pique au vif ma mémoire,
Prolonge la jetée ; moi, sur ma périssoire,
Je déchire la mer, puis, rame à reculons.
Marseille fourmille de pêcheurs près du
fort,
De poissons, de crabes ; ils s’agitent en
nasse...
Le soleil de midi y évince les
sargasses
Maculant sans relâche la nuque du vieux
port.
La chanson des cigales anime,
En la brise, avant de l'entoiler,
Le sable, par l'autan dévoilé_
Avant de l'étaler en l'arène de Nîmes
Où de vieux matadors, plient la
muleta_
Là, ils pleurent tristes larmes,
Quelquefois, pathos au désuet charme,
Longs sanglots brisés en milliers
d'éclats.
Aubagne, des médiévales cités,
Embaume les allées oubliées,
Enflées de garrigue, de verts
peupliers,
Puis du thym-serpolet, aspire tout le
musc entêté
Que des filles à l'accent mélodieux,
Vendent en petits sacs bombés,
Avec cette lavande tombée
Des fleurs qui poussent en ces lieux
Décrits en lourd patois :
En abrupt provençal, tel lou souleou,
Épineuse branche de houx,
Ornant les mas avachis et sans
toit.
A Toulon les marins plient bagages ;
L'Arsenal prend enfin, la poudre
d'escampette...
Les soldats alignés au son de la trompette
Vont séduire la mer, pour la prendre en
otage.
Moi, j'irai chavirer
sous la crique perdue...
Étourdi, grisé du
chant fou des sirènes ;
Dormirai tout
nu sous les tristes carènes
Ces reliques iodées
au rostre fendu.
L'océan m'offre son matelas de sable,
M’enfonce dans
son sel où naissent
Les puntarelles
robustes, où paissent
Les coraux de la
houle palpable ;
L'onde entaille
ma gourmandise,
J’y fais
provisions de congres, de bulots :
Ces buccins qui
gigotent sous l'eau,
Et caressent ma
langue revêche, insoumise.
A
Eyguière, je croise une nichée
De tourterelles
épiées des renards ;
Suis-je donc ce
fantassin, ce soudard
Dont elles se
veulent cacher ?
Les papillons me frôlent sans méfiance,
Ivres du pollen émietté en cendres ;
Au pied du hallier et des boutures tendres
Le vermisseau craintif prestement, s’élance,
Lorsque tombe le soir sur ma déconvenue…
Je vide les tiroirs de mes jours enfuis,
Car la Provence se vide au fond du puits
En d'ouateuses giclées enveloppées de nue.
Armand Mando
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