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dimanche 24 janvier 2021

ALIUM MERIDIE* Un autre Sud

 

ALIUM MERIDIE*

Un autre Sud

 

_Extraits_

 

Des vallées brumeuses, le vent dépèce

Le faîte du bel arbre ; là, s'y rident les eaux ;

Je me cache sous le vert roseau ;

J'écoute des orages, la folle hardiesse.

Je m’en vais cheminer vers le Sud,

Retrouver la Provence fleurie…

L'oiseau m'y a gardé un fidèle abri,

Protégeant des tonnelles, la décrépitude.

Je traîne mon ombre du côté où Pagnol

Colore le moulin du sieur Daudet ;

Amusé, guilleret, j'y boude les farfadets…

Je suis pourtant si loin de ma case créole.

Sur les cols érodés, pleuvent des pluies butées ;

Le vieil olivier s'y laisse caresser,

Se penche, las, sur le sol, harassé

A deux pas du vieux pont où l'on danse l’été. 

Avignon, dans un bruit de frelons,

Pique au vif ma mémoire,

Prolonge la jetée ; moi, sur ma périssoire,

Je déchire la mer, puis, rame à reculons.

Marseille fourmille de pêcheurs près du fort,

De poissons, de crabes ; ils s’agitent en nasse...

Le soleil de midi y évince les sargasses

Maculant sans relâche la nuque du vieux port.

La chanson des cigales anime,

En la brise, avant de l'entoiler,

Le sable, par l'autan dévoilé_

Avant de l'étaler en l'arène de Nîmes

Où de vieux matadors, plient la muleta_

Là, ils pleurent tristes larmes,

Quelquefois, pathos au désuet charme,

Longs sanglots brisés en milliers d'éclats.

Aubagne, des médiévales cités,

Embaume les allées oubliées,

Enflées de garrigue, de verts peupliers,

Puis du thym-serpolet, aspire tout le musc entêté

Que des filles à l'accent mélodieux,

Vendent en petits sacs bombés,

Avec cette lavande tombée

Des fleurs qui poussent en ces lieux

Décrits en lourd patois :

En abrupt provençal, tel lou souleou,

Épineuse branche de houx,

Ornant les mas avachis et sans toit.

A Toulon les marins plient bagages ;

L'Arsenal prend enfin, la poudre d'escampette...

Les soldats alignés au son de la trompette

Vont séduire la mer, pour la prendre en otage.

Moi, j'irai chavirer sous la crique perdue...

Étourdi, grisé du chant fou des sirènes ;

Dormirai tout nu sous les tristes carènes 

Ces reliques iodées au rostre fendu.

L'océan m'offre son matelas de sable,

M’enfonce dans son sel où naissent

Les puntarelles robustes, où paissent

Les coraux de la houle palpable ;

L'onde entaille ma gourmandise,

J’y fais provisions de congres, de bulots :

Ces buccins qui gigotent sous l'eau,

Et caressent ma langue revêche, insoumise.

A Eyguière, je croise une nichée

De tourterelles épiées des renards ;

Suis-je donc ce fantassin, ce soudard

Dont elles se veulent cacher ?

Les papillons me frôlent sans méfiance,

Ivres du pollen émietté en cendres ;

Au pied du hallier et des boutures tendres

Le vermisseau craintif prestement, s’élance,

Lorsque tombe le soir sur ma déconvenue…

Je vide les tiroirs de mes jours enfuis,

Car la Provence se vide au fond du puits 

En d'ouateuses giclées enveloppées de nue.

 

Armand Mando ESPARTERO© Copyright 2021