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jeudi 17 novembre 2022

SUR L’AUTRE RIVE


SUR L’AUTRE RIVE

 

Sur l'autre rive, s'abandonnent

Aux nuits, tous les cœurs amoureux ;

Leur flamme nue vacille en l'automne ;

Le corps y traîne un long souffle poreux ;

 

Volages et fantasques dryades boivent

Au soir, en d’insolvables minutes,

Le breuvage des reines, puis perçoivent

De l’amant éconduit, la fatale chute.

 

Pour elles, l’aube se fait ténèbres,

Les beaux jours perdent éclats

Au ressac de la prose funèbre :

Prône à Dante, requiem sous glas.

 

Sur l'autre rive, en de rétives pauses,

Les sirènes de nos belles plages

Se dorent encor à fortes doses,

Enivrées d'amourettes peu sages.

 

Y traînent les rêveurs de l'avril,

Les béguines de laudes : serves

Fanées ou grenouilles sans drilles,

Dont les rites atténuent mal la verve

 

Quand la guerre cerne l'âme,

De conjectures de vieux parchemins

Supplantés au froid macadam

D’hétaïres huées, à la lèvre carmin.

 

Lors, les mots isolent le poète,

L'encagent d'amertume… il fustige

L'audacieuse rime ; le verbe l'apprête

De douces catachrèses ; puis, inflige

 

A sa plume loquace un babil baveux

D’allégories majorées de prestance…

Sur l'autre rive, il irradie de vœux

L'élégie sanglée, sertie d'inélégance.     


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022