Sur l'autre rive, s'abandonnent
Aux nuits, tous les cœurs amoureux ;
Leur flamme nue vacille en l'automne ;
Le corps y traîne un long souffle poreux ;
Volages et fantasques dryades boivent
Au soir, en d’insolvables minutes,
Le breuvage des reines, puis perçoivent
De l’amant éconduit, la fatale chute.
Pour elles, l’aube se fait ténèbres,
Les beaux jours perdent éclats
Au ressac de la prose funèbre :
Prône à Dante, requiem sous glas.
Sur l'autre rive, en de rétives pauses,
Les sirènes de nos belles plages
Se dorent encor à fortes doses,
Enivrées d'amourettes peu sages.
Y traînent les rêveurs de l'avril,
Les béguines de laudes : serves
Fanées ou grenouilles sans drilles,
Dont les rites atténuent mal la verve
Quand la guerre cerne l'âme,
De conjectures de vieux parchemins
Supplantés au froid macadam
D’hétaïres huées, à la lèvre carmin.
Lors, les mots isolent le poète,
L'encagent d'amertume… il fustige
L'audacieuse rime ; le verbe l'apprête
De douces catachrèses ; puis, inflige
A sa plume loquace un babil baveux
D’allégories majorées de prestance…
Sur l'autre rive, il irradie de vœux
L'élégie sanglée, sertie d'inélégance.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022
