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lundi 28 novembre 2022

DESORDRE ALAMBIQUE

DESORDRE ALAMBIQUE

 

Je n’ai pas gardé ma chemise,

Le temps s’est déjà effacé ;

Que ne puis-je en ce temps passé,

Voir, quand l’amour est partie remise !

 

Je n’ai pas mordu aux doux fruits

Dont j’ai longtemps fait quémande,

Ni trouver en tes yeux en amandes,

Les nuits blêmes dont j’ai l’usufruit.

 

Je n’ai écorché du rêve désaccordé

Les revêches partitions ; trop tard

Peut-être pour avancer en pistard ;

Mon ombre semble dilatée…

 

Je n’ai pas gardé mon chapeau,

Ni l’étole distraitement posée

Sur ma silhouette décomposée

De vieil amant en oripeaux.

 

Si mes matins sont des nuits blanches,

C’est que minuit sonne à ma porte ;

Je voudrais que diable l’emporte

Aux frissons de tes avalanches,

 

Aux larmes dont tu t’auréoles encor,

Aux pleurs transcendés que renflouent

Tes prouesses ébrasées : ce flou

Liserant le marchepied de ton corps.

 

J'ai pris aux volets écaillés, en l’automne,

La bise d’octobre, la furtive ;

J’écoute battre de la coursive,

Les turbulents grelots qui résonnent

 

Comme pour nous rappeler au temps

Des musiques contraires, en l’oubli

D’inextinguibles pépies qu’affaiblit

La pâleur des mots hésitants.

 

J’ai déposé mon bagage, mes fièvres,

Au chevet d’autres infortunes,

A l’abside d’altières tribunes ;

La souffrance donne à mes lèvres

 

Aux heures sophistiquées, et sans mal,

De plaintives resucées, d’itératives mues ;

Pour m’en défaire : l’âme, le cœur, émus,

Je reflue les poussées lacrymales.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022