Terre de mes ancêtres, tu m’as surpris ;
Éveille encor en moi les silences d’hier,
Les mots tus, ajustés au mépris,
Puis tancés sforzando, de bignoles fières !
Île de mon enfance, oasis de faïence,
Plonge-moi sous la crique ; s’y accouplent
Naïades et marins ; leur pulvérulence
Obère le sable aux granules souples !
Aimerais revenir en la belle saison,
Voir Périnelle s’enivrer du parfum,
De sa plaine, au point de l’horizon
Au radieux soleil aspiré de l’embrun.
En mes dix ans fragiles, Plaisance
Allumait pour moi d’espiègles brandons
Chus de l’astre moqueur, en partance ;
Sa solennité semblait m’en faire don.
Prosimien de lianes en lianes, balancé,
Conquérant d’ombres marottes,
Je planais au-dessus des rais nuancés
Du domaine des Marraud des Grottes.
Les vents chauds frôlaient de ma joue,
L’angélique mafflue… candide en l’errance,
J’ajustais aux rondes les spires acajou
Du Phébus éclaté en éclisses d’offense.
L’étrange fardait mes ambulations,
Ma pâle silhouette d’aventuriers ;
Assoiffé, je le fus, et sans prétentions ;
Aussi, n’ai-je offensé les turbellariés.
Ici-bas, se pâment mes envies
De revenir au pied du mont Pelée
Avec si peu de notes aux partitions ; je survis
Sans mal au temps voulant m’écarteler.
Armand Mando
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