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mardi 29 novembre 2022

ENTRE LES COLONNADES DU TEMPS

ENTRE LES

COLONNADES DU TEMPS

 

On m’a demandé de me taire,

De laisser pousser le silence,

De ne pas juger du sectaire,

Ni de ses propos délétères,

L’indispensable arrogance…

 

Mais j’entends encor le bruit des bottes ;

La nuit a, sur ma fenêtre, dégorgé

Un reste de sang calté de ribotes,

Epais comme une caillebotte,

Où le fantôme d’un étranger.

 

On m’a demandé d’oublier la peur,

Les adages, l’aphorisme d’Aubigné ;

De demeurer stoïque, voire résigné ;

Ils seraient_ sans doute_ prêts à le nier,

Ces foutriquets, tous ces trompeurs.

 

Ma pensée déchire du temps jadis

Ces choses qui vous faisaient hurler ;

Jusques à quand les laisserez-vous circuler,

Vous que l’histoire fait reculer ;

Vous que les remords alourdissent !?

 

Nègre, jusqu’au bout de la vraie liberté,

Je chemine confiant en l’avenir :

Celui dont les chaînes ne peuvent retenir

La jouissance de l’âme à entretenir,

Bercée de vents... à s’en réajuster.

 

La haine de nos piètres gouvernants

A pris le pas sur la vie… du moins

Le croient-ils (…) se prétendant témoins

Des prouesses du plus au moins

Dont l’heuristique salue le permanent.

 

Au tumulte d'eaux infranchies,

Se mêle encor ma voix… je tance,

Sans jamais quémander pitance,

Sans cosmétiquer ma prestance

Le scélérat me voulant encaver :

 

Esclave sur vos maudites terres,

Ma peau s’est imprégnée de lassitude,

Ma chair s’est faite, privée de béatitudes,

Soumise au jeu de la mansuétude…

Sera-ce un jour héréditaire ?...

 

Je n’ai pas eu honte de vos enclaves,

Puisque mon âme est restée libre…

Mon cœur lui aussi est du même calibre ;

Qu’ai-je à faire du déséquilibre

De vos pensées décomposées sous la lave ?

 

Vous m’avez tué… pourtant je suis là,

Altier, sans édulcorer du métissage

L’exsangue pâleur clivée à ce capsage

Dont mon derme garni de rapiéçage,

N’ose accuser l’avancée du glas.

 

Celui qui porte sa croix confesse au soir

La joie méconnue de l’athée…

Malgré le doute en mes bâtés,

Me suis fait échevin sous la butée

D’un chambard brossé d’un vieux houssoir.

 

Inutiles guerres, vaines scissions,

Que n’auriez-vous emprunté sans le rendre !

Vous serez piétiné en miasmes de cendre,

Vous qui faisiez pleurer à pierre fendre !

Moi ?... Serai à demeure en la belle Sion.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2022