RUSTICA SERVUS*
Naïve servante
Elle parfume
ses rêves de souvenirs
Volés aux
amants de passage…
S’accoutume
parfois, en enfant sage,
Aux rires
de ceux qu’elle ne peut retenir.
Ses matins
sont d’intarissables fleuves
Perlant
de son regard ridé d’adynamie,
Ses yeux délavés, proches de l'anémie;
Les ans
qui l’insupportent, l’émeuvent,
Quand ils
lui offrent de prétendus amis:
Gracieux
damoiseaux de garçonnière,
Galants frustrés, férus de cancanières,
Et qui
pourtant l’encagent de mépris…
Tant pis !
N’a pas de l’âme rancunière,
Absorbé
le venin marouflé de l’esprit…
Elle colore
ses nuits, d’éphémères étoiles,
Lumineux
faisceaux, blanches étincelles ;
Pour elle,
Cassiopée se voit de la nacelle
De ces mariniers
levant au soir, les voiles,
Pour,
en catimini, lui offrir, avant l’aube,
Miasmes
de plaisirs, euphoriques extases,
Infidèles
serments agrémentés d’emphase,
Avant de
l’endeuiller d’une ascétique aube.
Elle avoue
des envies à jamais éteintes,
En son
corps épuisé de caresses faciles,
D’étreintes
volées aux noceurs indociles,
Dont la
chair dénature, en ces feintes,
L’ivresse
du coït, l’adultérine soif
De se glisser
au froid satin du vice
Écalé de
la retenue, que ne sévissent,
Remords
et regrets dont l’ascète se coiffe.
Serve humiliée,
lestée de rebuffades,
S’allonge,
vaincue sur le tiède linceul,
Cette
peau bannie dont l’angoisse seule,
Fidélise
l’odalisque aux ambitions fades.
Quand vous
la croiserez sur le macadam,
Ne faites
_ je vous prie _ montre d’arrogance
A son
infortune ! Malgré ses lisses ganses,
Ne
portera jamais le titre de Madame.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020
