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jeudi 17 décembre 2020

RUSTICA SERVUS* Naïve servante

 

RUSTICA SERVUS*

Naïve servante

 

Elle parfume ses rêves de souvenirs

Volés aux amants de passage…

S’accoutume parfois, en enfant sage,

Aux rires de ceux qu’elle ne peut retenir.

Ses matins sont d’intarissables fleuves

Perlant de son regard ridé d’adynamie,

Ses yeux délavés, proches de l'anémie;

Les ans qui l’insupportent, l’émeuvent,

Quand ils lui offrent de prétendus amis:

Gracieux damoiseaux de garçonnière,

Galants frustrés, férus de cancanières,

Et qui pourtant l’encagent de mépris…

Tant pis ! N’a pas de l’âme rancunière,

Absorbé le venin marouflé de l’esprit…

 

Elle colore ses nuits, d’éphémères étoiles,

Lumineux faisceaux, blanches étincelles ;

Pour elle, Cassiopée se voit de la nacelle

De ces mariniers levant au soir, les voiles,

Pour, en catimini, lui offrir, avant l’aube,

Miasmes de plaisirs, euphoriques extases,

Infidèles serments agrémentés d’emphase,

Avant de l’endeuiller d’une ascétique aube.

 

Elle avoue des envies à jamais éteintes,

En son corps épuisé de caresses faciles,

D’étreintes volées aux noceurs indociles,

Dont la chair dénature, en ces feintes,

L’ivresse du coït, l’adultérine soif

De se glisser au froid satin du vice

Écalé de la retenue, que ne sévissent,

Remords et regrets dont l’ascète se coiffe.

 

Serve humiliée, lestée de rebuffades,

S’allonge, vaincue sur le tiède linceul,

Cette peau bannie dont l’angoisse seule,

Fidélise l’odalisque aux ambitions fades.

 

Quand vous la croiserez sur le macadam,

Ne faites _ je vous prie _ montre d’arrogance

A son infortune ! Malgré ses lisses ganses,

Ne portera jamais le titre de Madame.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020