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jeudi 24 décembre 2020

PARIS SERVIT NOCTE* Paris, esclave de nuit

 

PARIS SERVIT NOCTE*

Paris, esclave de nuit

 

Avez-vous vu Paris, aux nuits de décembre ?

Cette ville fardée, où les femmes enquillent

La bohème, au support de leurs membres,

L’errance, aux  grillages de leurs résilles ?

 

Connaissez-vous Paname, l’aguicheuse,

Cette cité ivre du dispendieux dont font montre

Les nantis de boulevards, sans faucheuse,

Ni moissonneuse ?… au soir, on y rencontre,

 

Aux ruelles pavées d’artères germanopratines,

Amants en tapinois, folles de lupanar…

Mégères engrossées de frasques adultérines,

Bourgeoises maquillées, ridicules anars…

 

Savez-vous que le Paris de Zola, agonise

Au froid d’avenues crispées sous la neige

Floconnant les palaces où, s’idéalisent

Les prétentions ?… sans mal, s’y désagrègent,

 

Les flux guindés de camérières coincées

En la geôle d’une chambre sans vie, débarras

Sous les combles d’un immeuble poncé

De rudes mains… s’y affairent les rats,

 

Non ceux des caves pleines ! Juste les banquistes

Véreux ; ils cachent l’or volé aux consignataires,

Camés et rubis dérobés aux crédules artistes ;

Ces parjures bigames ne se peuvent que taire…

 

Qui a ouï Paris pleurer tristes matins… moi,

Je l’ai écoutée velouter de mensonges, sa défaite,

Pleine de déshérences, sous le joug de l’émoi,

Claustrée d’inharmonies, de blafardes fêtes…

 

Du melliflu dégorgé de ces noces d’opale,

Au nectar velouté de sa coupe vermeille…

De Balzac, à Sartre, peu à peu, s’empale

De remords, de subtils regrets, et qu’éveille

 

L’histoire délacée de breloques, d’affiquets,

Ces verroteries tape-à l’œil dont la catin

Duplique ses froufrous, qu’aime tant reluquer

Le gras négociant, à l’œuvre, dès matin…  

 

Aimeriez-vous de Paris, voir les voiles,

Ces satins dont le soyeux enjôle les plus sages ?

Sur sa peau frictionnée de poussières d’étoiles,

Les peintres, dont Utrillo, croquent des paysages,

 

Et qui n’existent pas, des perspectives nouées

A l’immodeste étoupe… ô comme on le comprend !

Paris à tout vécu : des salves, aux huées…

Qu’importe ! Sur ses berges gelées, on surprend,

 

Le noceur prêt à se foutre en l’air, la possédée,

Muée en ectoplasme… se jette dans la Seine,

L’ivrogne en quête de larmes, pour scander

L’infortune, lui, ancien turfiste de Vincennes !

 

On aperçoit au jour naissant, les filles

Du couvent de Cluny, les jeunes ursulines,

En mutiques suivantes, loin des grilles,

Ces horribles barreaux, où déclinent

 

Les lueurs d’un soleil délavé, spires purgées

De nitescence… Paris sait tout cela ; le cache,

Lors, à ses fiers soupirants, par trop encagés

De formelles contraintes… du réel se détachent,

 

Pour draper de sophisme, de manichéisme,

L’arrogance du chauvin, prêt à faire feu

De tous bois, quand l’airain du syncrétisme

Tintinnabule aux nimbes de vents suiffeux.

 

Paris, musique d’arrière-cour, d’orgues de barbarie,

Mais aussi, Paris de l’opéra Garnier, de Pleyel,

Paris de l’Olympia, où s’en viennent, ahuries,

Les commères absoutes de fautes vénielles,

Paris, du Mikado, des clubs de Saint-Germain,

D’estaminets encrassés de pétun, d’alcool,

Paris que le péché retient de ferme main,

Où vierges et pédérastes se tutoient, s’accolent,

Avant de se vomir aux sybaritiques sources…

Y surnage l’épicurien aux rebonds de la fesse ;

Il aimerait tant remporter de la course,

Dont la turgide croupe, au jour, s’affaisse

Quand la pénétration transcende du plaisir,

La réelle offense faite au vulgum pecus noyé

De repentir… penaud, de se voir ici, gésir

Au pulpitum d’insanes peccavi, broyé de vices,

De désespoir, en Paris, la félonne, la nuit

Où se dévêtent l’âme, l’esprit, du novice

Dont on dira_ peut-être_ parce qu’il s’ennuie,

Il donne à sa misère d’autres succédanées…

Vois-tu, Paris d’Eugène Sue, de Boris Vian,

Ce que tu fais à tes fils cachés, ces damnés

Préférant tes liqueurs frelatées, au cristal d’Evian,

Refoulés_ on le sait ! _  d’hybrides déviants !…

 

Pris en étau, en tes bras sénescents, j’accuse

De l’inconfort dont tu me fais offrande,

D’impudiques clichés d’où parfois, fusent

Des remembrances canetées en guirlandes.

 

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020