PARIS SERVIT NOCTE*
Paris, esclave de nuit
Avez-vous
vu Paris, aux nuits de décembre ?
Cette ville
fardée, où les femmes enquillent
La bohème,
au support de leurs membres,
L’errance,
aux grillages de leurs résilles ?
Connaissez-vous
Paname, l’aguicheuse,
Cette cité
ivre du dispendieux dont font montre
Les nantis
de boulevards, sans faucheuse,
Ni moissonneuse ?…
au soir, on y rencontre,
Aux ruelles
pavées d’artères germanopratines,
Amants en
tapinois, folles de lupanar…
Mégères
engrossées de frasques adultérines,
Bourgeoises
maquillées, ridicules anars…
Savez-vous
que le Paris de Zola, agonise
Au froid
d’avenues crispées sous la neige
Floconnant
les palaces où, s’idéalisent
Les prétentions ?… sans mal, s’y désagrègent,
Les flux guindés de camérières coincées
En la
geôle d’une chambre sans vie, débarras
Sous les
combles d’un immeuble poncé
De rudes
mains… s’y affairent les rats,
Non ceux
des caves pleines ! Juste les banquistes
Véreux ;
ils cachent l’or volé aux consignataires,
Camés
et rubis dérobés aux crédules artistes ;
Ces parjures
bigames ne se peuvent que taire…
Qui a
ouï Paris pleurer tristes matins… moi,
Je l’ai
écoutée velouter de mensonges, sa défaite,
Pleine
de déshérences, sous le joug de l’émoi,
Claustrée
d’inharmonies, de blafardes fêtes…
Du melliflu
dégorgé de ces noces d’opale,
Au nectar
velouté de sa coupe vermeille…
De Balzac,
à Sartre, peu à peu, s’empale
De remords,
de subtils regrets, et qu’éveille
L’histoire
délacée de breloques, d’affiquets,
Ces verroteries
tape-à l’œil dont la catin
Duplique
ses froufrous, qu’aime tant reluquer
Le gras
négociant, à l’œuvre, dès matin…
Aimeriez-vous
de Paris, voir les voiles,
Ces satins
dont le soyeux enjôle les plus sages ?
Sur sa
peau frictionnée de poussières d’étoiles,
Les peintres,
dont Utrillo, croquent des paysages,
Et qui
n’existent pas, des perspectives nouées
A l’immodeste
étoupe… ô comme on le comprend !
Paris à
tout vécu : des salves, aux huées…
Qu’importe !
Sur ses berges gelées, on surprend,
Le noceur
prêt à se foutre en l’air, la possédée,
Muée en
ectoplasme… se jette dans la Seine,
L’ivrogne
en quête de larmes, pour scander
L’infortune,
lui, ancien turfiste de Vincennes !
On aperçoit
au jour naissant, les filles
Du couvent
de Cluny, les jeunes ursulines,
En mutiques
suivantes, loin des grilles,
Ces horribles
barreaux, où déclinent
Les lueurs
d’un soleil délavé, spires purgées
De nitescence…
Paris sait tout cela ; le cache,
Lors, à
ses fiers soupirants, par trop encagés
De formelles
contraintes… du réel se détachent,
Pour draper
de sophisme, de manichéisme,
L’arrogance
du chauvin, prêt à faire feu
De tous
bois, quand l’airain du syncrétisme
Tintinnabule
aux nimbes de vents suiffeux.
Paris,
musique d’arrière-cour, d’orgues de barbarie,
Mais aussi,
Paris de l’opéra Garnier, de Pleyel,
Paris de
l’Olympia, où s’en viennent, ahuries,
Les commères
absoutes de fautes vénielles,
Paris, du Mikado, des clubs de Saint-Germain,
D’estaminets
encrassés de pétun, d’alcool,
Paris que
le péché retient de ferme main,
Où vierges
et pédérastes se tutoient, s’accolent,
Avant de
se vomir aux sybaritiques sources…
Y surnage
l’épicurien aux rebonds de la fesse ;
Il aimerait
tant remporter de la course,
Dont la
turgide croupe, au jour, s’affaisse
Quand
la pénétration transcende du plaisir,
La réelle
offense faite au vulgum pecus noyé
De repentir…
penaud, de se voir ici, gésir
Au pulpitum
d’insanes peccavi, broyé de vices,
De désespoir,
en Paris, la félonne, la nuit
Où se
dévêtent l’âme, l’esprit, du novice
Dont on
dira_ peut-être_ parce qu’il s’ennuie,
Il donne
à sa misère d’autres succédanées…
Vois-tu,
Paris d’Eugène Sue, de Boris Vian,
Ce que
tu fais à tes fils cachés, ces damnés
Préférant
tes liqueurs frelatées, au cristal d’Evian,
Refoulés_
on le sait ! _ d’hybrides déviants !…
Pris en
étau, en tes bras sénescents, j’accuse
De l’inconfort
dont tu me fais offrande,
D’impudiques
clichés d’où parfois, fusent
Des remembrances
canetées en guirlandes.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020
