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dimanche 30 mai 2021

MARIE LAURENCIN, L'ENVOÛTEE

MARIE LAURENCIN,

L'ENVOÛTEE

1883/ 1956

 

Peintre, épistolière, réceptive sultane:

Tu donnes aux besoins, de multiples envies ;

De la plume, aux mots, peu à peu, en dévie

La prédisposition encageant l'occitane.

 

Ce nymphisme dont seule, tu agrémentes

En des tons nuancés, les plus chaudes esquisses,

Rédimant du profane, les trompeurs artifices

Absouts du néophyte, sa pénible tourmente.

 

D'insincères éloges de gras mécènes

N'ont sur toi, nulle emprise… tu t'éveilles

En des matins gainés de sucs et de vermeil ;

A ta bouche, les joies s'éternisent sans peine.

 

Réceptives aux caprices de l'inspiration,

Tes aquarelles pénètrent la moiteur

De cuivres emperlés de roulis contracteurs,

Et qu'égrènent les vents de la séduction.

 

Alanguie, tu caresses l'étoupe de fertilité,

Enivrée de musiques_ puis, de l'onde,

En ces regards de femmes, vagabondent

Les ombres écernées des nues, avec agilité.

 

Aux mots insolents dont Max Jacob

Accuse prépotence, tu délaces la trame

De convexes  accords en de nuageux drames

Civilisant du style, l'allure qui l'engobe…

 

Marie, le dadaïsme chevauche de ton art,

En de précieux arpèges, le retour da capo,

De fauves aquarelles incluses  à la peau

Pénétrée de douceur ouatée, et sans fard.

 

Tes saphiques conquêtes d'amante-refouloir,

N'ont pu satisfaire, nous dit Apollinaire,

Ta libertine moue déçue de la catilinaire

De diffus babeleurs arpentant les couloirs ;

 

Ceux-là qui aux soirs blêmes, t'invectivaient,

Mouchaient de tes lubies, les agrestes degrés

Quand du nombril des serves, tu liais à ton gré,

Le vice ruisselant du flou dont on te vêt…

 

Ton été indien incendie encor, la nuit,

Mondains de Paris, folles de lupanar,

Ils te placent, ô cubiste, grisée de nard,

Au faîte d’autoportraitistes, quand l'ennui,

 

Tacle la resucée; Picabia, Georges Braque:

Ces féroces dompteurs, ces néo-affranchis,

Ont-ils, pour toi, aux ides avachies,

Perforé l'étrange enfouie sous la laque,

 

De disgracieuses rides offensées d'étoiles

Aux caprices de vivaldiennes phases,

Quoique bonifiées, soutenues à la base,

D'un chevalet-trépied mystifié des toiles ?

 

A Sèvres où Pauline Lambert guidait

De ton lyrisme, l'ambivalente mue, tes mains,

Ces tenailles, ont du précieux carmin,

Molesté la fuchsine, de doigts débridés.

 

Là, Yvonne Chastel, de vos lettres d'antan,

Dévoilait contenance... à s'en démettre :

Coupables liaisons forcées du périmètre

De lubricité, ce stupre au scandale mutant.

 

Auriez-vous de l'hédonisme, supplanté

En ces joutes, les folles bacchanales,

Ces niques de femmes aux feintes anales,

Où la langue bague du plaisir, la beauté ?

 

Qui vous a acculé aux funestes décans

Des solstices, vous, dont la minaudière

Recelait de trésor... dont la gibecière

Cachait de l'infante, les éclats coruscants ?

 

Dans la nuit du 8 juin 1956, Marie s'en est allée,

Rue Savorgnan-de-Braza, au son du Dies irae:

Ultime cantate...  son talent clôt de l'œuvre,

Un fastueux requiem défait de manœuvres 

Isolées du parcours jouxté du mausolée

Rincé du goupillon d'un modeste curé.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021