Loin de toi
Loin de toi, les roses perdent pétales ;
Leurs épines s'enfoncent avec ardeur
Au revers étroit de ma chair animale
Trônant avec panache... sans stupeur.
Sur cette terre meuble poussent arpèges,
Musiques, aux magnétiques notes
Aimantant des portées, le solfège
De rythmes impromptus, dizygotes.
Loin de toi, mes rimes prennent l'eau,
Telle la barque au lointain, dérivant
Sur l'onde où de fluets radeaux
Longent au soir les îles sous le vent.
Loin de toi, l'amour avance au ralenti
Avant d’éclater en spumescentes glaires
Au pied d’amants prétendus repentis
Juste échappés de frasques adultères.
Loin de toi, Baudelaire pleure encor sa Créole:
Piquante mulâtresse à l'accent tropical,
Au rire coloré, aux intonations folles _
Avoue sans elle, être un scalde bancal.
Loin de toi, s'effeuillent mes matins ;
Ils aspirent des nuits, la fielleuse lie
Entretissée de moire soufflé du froid satin
Comme éveillé de la treille ennoblie.
Loin de toi, de ton cœur, j'agonise
Au froid d'un passé sans ivresses ;
A trop t'attendre, mes aubes se flétrissent,
Alimentant dès lors, l'imparable vieillesse.
Loin de toi, les manèges gèlent en l'hiver ;
Leur carrousel étrille sa superbe, agite
Tristement son chapiteau couvert
Décroît l'été, sous l'arche de guérite
De soldats dont l'agrément des nuits
Aux riches passions communes,
Découvrant du malheur, miasme de suie,
Indigestes regrets, répulsive amertume.
Aurais-je glissé de ce parterre d'ambre,
De diaphanes congères, du long tapis
Gélifiant sans autres tes généreux membres,
A l'ombre du bosquet, où je me suis tapi ?
J'épie des filles, le portrait discourtois ;
Suis-je le même ? Ai-je perdu mon double
A l'orée d'un sous-bois, ou sous le toit
De ces muses dont la folie me trouble .
Armand Mando ESPARTERO© Copyright 2021
