UT LACRIMAE*
Comme une déchirure
Comme la déchirure, ton silence pénètre
Le long corridor de ma déconvenue ;
Tes yeux
noyés de larmes, sans s’y soumettre,
Invectivent
mon dépit, afin de mettre à nue,
L’amertume
pavant du mécompte, à tort,
L’insuccès
prorogé du datum de géodésique,
Dont l’espace
alimente, en mon factieux sort,
Les diffus
entrelacs, la concise mnésique.
Telle la déchirure, ta froideur m’isole
Du
lieu où tu musardes sans siège ;
Jadis, aux nuits désenchantées, la geôle
De nos
amours bâillait hors du piège
Tendu de
damoiseaux envieux, délétères,
Rivés à
la barlongue du vice en devenir ;
Dire que
ces daguets, tristes hères,
Ces béjaunes, sont sevrés de désirs !
Comme eux, aux frénésies lupines,
Nous donnions, perclus, sous tétanie
D’actes
inaboutis, d’incisives épines
A l’insatiable chair, l’arithmomanie ;
D'idéatives
lubies t’éloignent de moi…
Mon canal obvié de l’estuaire des mots,
Ronfle des borborygmes dont l’émoi
Contrefait tous les souhaits optimaux ;
Ma bouche
en dompte les accords gémeaux ;
Là, regard
vide, mon double y larmoie,
Puis, s’accommode
des miasmes d'émaux…
Comme la déchirure voilant sa béance,
Ma vie
se vide au seuil de ta folie ;
J’y vois
poindre, en des soleils intenses,
La sépia
d’un temps semble t-il, aboli,
J'évoque,
pour ne plus m'entremettre,
Les heures, les secondes fluctuées
De l’horloge
d’ides, de cycles à renaître,
Purgées
de la clepsydre voulant tuer
De notre
devenir, les possibles besoins
L'humeur en assassine la réminiscence
Éjectée de ressouvenance, au spleen oint
De mélancoliques
fièvres, dont l’expectance
Attise l’impatient,
et sans en prendre soin,
Tisonne
l’indocile, ce fat sans consistance.
Seul,
au bûcher des lazzarones,
Dans la
nuit aboutie, triste, je m’époumone : _
Apprends-moi,
aux orages qui tonnent,
A emplir
de ma peau, les structures atones !
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020


