EGO ALTERA*
L’autre ego
De vos
lèvres muettes s’échapperont des sons
Semblables
aux longs râles de l’expirant
Couché dessous
la dalle froide, se mourant,
Quand la
componction emmurant
Le cœur
lesté de cent contrefaçons,
Vomira sa
colère au ventre du torrent.
Des
yeux étoilés, mais sans lunes, couleront
Des fleuves
d’amertume, des ravines de bile ;
De l’acerbité
dont vous usez, en censeur habile,
Émaneront des brumes… du regard, rouleront
Des larmes
enfiellées de rancœur, d’atrabile…
Au glas
de rêves brisés, pâliront, peu à peu,
Les envolées dont vous fûtes, au pompeux
De vains
réquisitoires, si fier, quand, volubile,
La harangue
mouchait l’auditoire suspendu
A vos lèvres
grisées du nectar des ménades…
Au matin, le sang d'artères malades,
Giclera
à même le bitume ; bien-entendu,
Il n’y
aura que vous, au linceul d’apparence,
Torchonné
d’un thanatologue précis ô combien !
Quant
aux gestes flattant l’amicrobien
Dont la
méticulosité honore la constance.
L’autre
ego, celui qui, à escient, caresse le mécène
Dont la
bourse alimente l’aura, quittera la coulisse
Traversée
de l’alcôve… vos secrets, qu’entretissent
Les joviaux
communards, quitteront la scène,
Sans saluer
le parterre… avachie en ces feintes,
L’immodestie déliera l’affect pris en tenailles
Entre les
crocs perçant aux entrailles,
Le bouffi
aliéné aux grimaces des plaintes,
Le ventru, repu du borborygme de foules
Éparpillées au centre du crématorium ;
Les cendres vaincues de ce qui fut un homme,
En miasmes de pecus, engobent, puis refoulent
En de
puantes vapeurs, sous la houle,
Les
spectrales mues en route vers Rome…
Le Pape,
goupillon en main en bénira les restes,
Ces fétides
lambeaux devenus ectoplasmes,
Ces horribles
haillons devenus cataplasmes
Sous la
grise vêture du lazzarone agreste.
Armand Mando
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