SAGUM AERIUM NIVEI*
Rideau neigeux
Des cimes
embrumées, on aperçoit au loin,
Au matin
frissonnant, la prairie ébarbée,
Poudrée
de flocons, peu à peu embourbés,
Avant de
disparaître, piégés du sainfoin.
L’hiver
vient se poser au cœur de la vallée ;
Y blêmissent
au soir, ses neigeuses masses…
Ses congères
ont fondu sur nos traces ;
Elles se
semblent dissoudre des mausolées.
Il fait
froid, jusques aux fenêtres des chambres ;
Il n’y
a plus d’espace en ce flou devenir…
Aurais-je
su dompter, sans plus t’appartenir,
Les frissons
égrenés dont s’offense décembre,
Et qu’aspire
ta peau défaite de soupirs ?
Pourrais-je
des gangues calamistrées, à l’aube,
Percer l’éclosion,
si les vents nus l’enrobent
D’un
grésil dont les bruines se veulent tapir,
Quand grondent
les tempêtes hivernales,
Bougonnent
les maelströms dévrillés de la nue ?
Je pourrais
de ta chair exempte de retenue,
Débrider
le cylindre, en ces mues atonales…
Hélas,
aux aurores feutrées, tes plaintes
Font rétention
de désirs en berne ; j’immole
De la
polymorphie, les degrés dont ta geôle
Encloue,
in extenso, les ardeurs mal éteintes.
Pourquoi
toujours courir, délacés de foucades,
Les chemins
à l’étroit, les bermes profanées ;
De la thébaïde, s’essouffle le germe mort-né
D’amours
désenclavées d'envies maussades ?
L’hiver,
au pied du mur, entoile de grimaces,
Et les
jours, et les nuits, chevillés à mon mal ;
Il s’amuse
à flétrir de la pulpe animale,
Le bâti emmuré d’inaltérables glaces.
Je dois m’en sortir seul... c’est vrai !
Délaisser le baldaquin, ce vieux fleuve tari ;
Nos pancraces
s’affaissent… j’en ferais pari !
Il me
semble, en ces jeux qui effraient,
Voir liés, par mégarde, sous l’ivraie,
Le vice
et la vertu pris à ton ableret…
Ému, je rentre penaud, l’âme marrie !
Aux gelées
engluées au col de l'ivresse,
Ce sérac
dressé à même l’émotion
Ductile _
ô combien ! Malgré l’érosion
De nos
fantasmes embués de détresse,
Je chemine vainqueur, empli d’allégresses,
La contrescarpe d’euphories morbidesses,
Sans démesure, ivre de prétentions,
Le chenal
où s’affaire l’amant ceint de caresses.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020
