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dimanche 29 novembre 2020

SAGUM AERIUM NIVEI* Rideau neigeux

 

SAGUM AERIUM NIVEI*

Rideau neigeux

 

Des cimes embrumées, on aperçoit au loin,

Au matin frissonnant, la prairie ébarbée,

Poudrée de flocons, peu à peu embourbés,

Avant de disparaître, piégés du sainfoin.

 

L’hiver vient se poser au cœur de la vallée ;

Y blêmissent au soir, ses neigeuses masses…

Ses congères ont fondu sur nos traces ;

Elles se semblent dissoudre des mausolées.

 

Il fait froid, jusques aux fenêtres des chambres ;

Il n’y a plus d’espace en ce flou devenir…

Aurais-je su dompter, sans plus t’appartenir,

Les frissons égrenés dont s’offense décembre,

 

Et qu’aspire ta peau défaite de soupirs ?

Pourrais-je des gangues calamistrées, à l’aube,

Percer l’éclosion, si les vents nus l’enrobent

D’un grésil dont les bruines se veulent tapir,

 

Quand grondent les tempêtes hivernales,

Bougonnent les maelströms dévrillés de la nue ?

Je pourrais de ta chair exempte de retenue,

Débrider le cylindre, en ces mues atonales…

 

Hélas, aux aurores feutrées, tes plaintes

Font rétention de désirs en berne ; j’immole

De la polymorphie, les degrés dont ta geôle

Encloue, in extenso, les ardeurs mal éteintes.

 

Pourquoi toujours courir, délacés de foucades,

Les chemins à l’étroit, les bermes profanées ;

De la thébaïde, s’essouffle le germe mort-né

D’amours désenclavées d'envies maussades ?

 

L’hiver, au pied du mur, entoile de grimaces,

Et les jours, et les nuits, chevillés à mon mal ;

Il s’amuse à flétrir de la pulpe animale,

Le bâti emmuré d’inaltérables glaces.

 

Je dois m’en sortir seul... c’est vrai !

Délaisser le baldaquin, ce vieux fleuve tari ;

Nos pancraces s’affaissent… j’en ferais pari !

Il me semble, en ces jeux qui effraient,

Voir liés, par mégarde, sous l’ivraie,

Le vice et la vertu pris à ton ableret…

Ému, je rentre penaud, l’âme marrie !

 

Aux gelées engluées au col de l'ivresse,

Ce sérac dressé à même l’émotion

Ductile _ ô combien ! Malgré l’érosion

De nos fantasmes embués de détresse,

Je chemine vainqueur, empli d’allégresses,

La contrescarpe d’euphories morbidesses,

Sans démesure, ivre de prétentions,

Le chenal où s’affaire l’amant ceint de caresses.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020