Elle m’a dit
Elle m’a dit : _ j’arrive, je reviens de loin,
Des terres où les barbares se mutilent,
Du royaume où l’homme serre les poings,
Avant de se soumettre au fascinant reptile
Dont Ève, séduite de propos subtils,
Accordait attention, dont elle prenait soin.
Elle m’a dit : _ j’ai tant appris de choses
Dont l’âme festoie, aux prémices gaillardes,
Vaincue d’irréconciliables amauroses,
Aux causes extrinsèques, égrillardes,
Que je suis devenue, en ces folles chimères,
Réceptive au râlement fuité de la douleur ;
Que n’aurais-je voulu du plaisir éphémère,
Cadavérer au soir, la trottine d’ambleur !
Elle m’a dit : _ si je t’ai espéré, t’ai cherché,
Aux premiers décans, mes lunes pleines
Ont su dévier du trouble haut perché,
Et donner à ma soif, des toquades soudaines
Pour la mieux étancher… de l’ivresse malsaine,
Me suis désaccordée, sans jamais m’épancher
De labiles muances, prétendues souveraines.
***
Me suis, en ses yeux délavés, vu renaître…
A la haussière d'un esquif, mon double
S’est noué… de quelle grâce me dois-je repaître,
Pour traduire du mal qui m’enserre
Le germe évolutif ? En des mots insincères,
Me pourrais-je soumettre_ fût-ce en traître,
Plutôt que de dompter du pesant mal-être,
L’incivile livrée du servant : piètre
Caricature figée d’un travelling d’insert ?
Quand une femme vous quitte, c’est elle qui
Vous maudit… elle entaille vos rêves, avant
De disparaître… puis signe, par acquit,
De sa confession, l’insupportable aveu pavant
De la raison, quand elle prend le maquis,
L’insolence passive frustrant le survivant.
Quand la femme vous aime, elle vous lacère
Et le cœur, et l’esprit, avant de vous noyer
De larmes hypocrites, de pleurs nécessaires
A sa déconvenue… plus tard, ailes déployées,
S’envole pour un ailleurs, se faire choyer
En insatiable amante, prête à se fourvoyer,
Pour revenir en reine, et vous octroyer
Une ultime faveur, un venin, sans soigner
La plaie de ce mépris offert en émissaire.
Pourtant, nous les aimons, ces femmes
Qui font montre de passion, quand bien même,
Seraient-elles cruelles ! De leurs flammes,
Nous nous laissons couver… elles sèment
Sur nos vies, parfois, au matin blême,
Tant de paradoxes, qu’un simple diadème
Ne pourrait suffire à ‘’l’entrôner’’ en l’âme,
Quand la disconvenance entoile nos poèmes.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020
