MILITIBUS MARI*
Soldats de mer
Je le sais !
Les marins qui s’en vont
Braver de
l’océan, les tumultueuses vagues,
Emplissent
aux tempêtes les solides madragues
Drainées
le long des côtes, de fiers Esclavons…
Je connais
les braves nautoniers, qui au soir,
Défient
le long cortège de bonites en fraie ;
Je les
vois sur l’onde démontée, qu’effraient
Vents
salés et cyclones soulevés du fossoir
Binant de
la cuvette, les vieillissantes algues
Figées
en entrelacs sous la roche captive
Du
reflux de la masse salée… attentives,
Faune
et flore marines isolées, qu’élague
Le tangon,
se cachent de la baille vaincue
De sourdes
tempêtes, crachins et déferlantes ;
La mer,
de l’écume des flots, aux spumescentes
Lames,
avale les cristaux, puis, en évacue
La lie dissoute de lointaines marées,
Quand le
soldat de mer affronte dignement,
Sans s’en
faire jamais, les puissants éléments
Déchaînés
sous la houle… s’y viennent amarrer,
Les bancs
de Puntius, tétra cardinal, siluridés ;
On peut les voir danser aux lunes pleines,
S’agiter
avec art, aux nuits souveraines ;
Là, s’étire
à la lueur des phares, le reflet ridé
De nos
pâles étoiles égrenées de l’ondée
En rideau,
sur l’océan blessé, humilié,
En l’épicentre
du profond Miquelon délié
Des tornades
clivant les terres inondées.
J’écoute
aux maritimes escales, parfois,
Quand s’endort
le poupon, le batelier,
Ce vaillant
gabier, narrer aux familiers,
Ses exploits,
l’œil humide… comme si le froid
Se devait
d’excuser des récits d’autrefois,
Dont il
emprunte, sans s’y laisser lier,
L’éphémère
chenal traversé de milliers
De héros ; mon conteur l'avoue avec foi.
Que voulez-vous
y faire ?... la mer est un jardin
Peuplé de
plaisanciers ; ils bourgeonnent
Aux ides,
puis, s’affaissent en l’automne
D’un
rêve... méconnu du pâle citadin.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020


