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jeudi 25 mars 2021

POETA DIXIT MIHI : * Un poète m’a dit

 

POETA DIXIT MIHI : *

Un poète m’a dit

 

Un poète m’a dit : laisse courir les chiens

De grandes avenues ; laisse-les déchirer

Des matinales brumes, les inusables liens

Dont la mitraille, quand l’acte est adiré,

Tacle le magistrat sans titre paulien !

 

Un poète m’a dit : ois pleurer matin,

Quand l’oisillon pépie, pénétré de chagrins !

L’aigrelette phonie troublant le contadin

Se mêle encor aux bruines chues en grains.

 

Quand tu verras, dit-il, les soleils éventrés,

Déparés des spires de l’été baladin,

Tu sauras reconnaître des nuits excentrées,

La noirceur manifeste voilant le citadin.

 

Un poète m’a dit : regarde la rosière de mai,

La blanche naïade d’un bal de débutantes,

Tendron arrimé à la frêle barlongue, jamais

Rassurée de l’invite acquiescée… hésitante !

 

Sache-te prémunir de leurs maladresses !

Elles filtrent du rêve, l’onirique substance,

Avant que de sombrer au for de la détresse,

Sancir en la gadoue décuplée de l’offense.

 

Ce poète, avant de s’en aller, m’a couché

Sur la peau d'un vieux parchemin ;

Je l’ai vu, ébaubi sous la toise, toucher

Du doigt, la beauté du silence, détacher

Des jours gris, en me prenant la main, 

La nébulosité, peu à peu, en l’aube, écachée.

 

Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021