Un poète
m’a dit
Un poète m’a dit : laisse courir les chiens
De grandes avenues ; laisse-les déchirer
Des matinales brumes, les inusables liens
Dont la mitraille, quand l’acte est adiré,
Tacle le magistrat sans titre paulien !
Un poète m’a dit : ois pleurer matin,
Quand l’oisillon pépie, pénétré de chagrins !
L’aigrelette phonie troublant le contadin
Se mêle encor aux bruines chues en grains.
Quand tu verras, dit-il, les soleils éventrés,
Déparés des spires de l’été baladin,
Tu sauras reconnaître des nuits excentrées,
La noirceur manifeste voilant le citadin.
Un poète m’a dit : regarde la rosière de mai,
La blanche naïade d’un bal de débutantes,
Tendron arrimé à la frêle barlongue, jamais
Rassurée de l’invite acquiescée… hésitante !
Sache-te prémunir de leurs maladresses !
Elles filtrent du rêve, l’onirique substance,
Avant que de sombrer au for de la détresse,
Sancir en la gadoue décuplée de l’offense.
Ce poète, avant de s’en aller, m’a couché
Sur la peau d'un vieux parchemin ;
Je l’ai vu, ébaubi sous la toise, toucher
Du doigt, la beauté du silence, détacher
Des jours gris, en me prenant la main,
La nébulosité, peu à peu, en l’aube, écachée.
