Fennec blessé
Mon enfance est un mur dressé
Sur la peau du désert où s’égare mon pas,
Une froide colonne qui ne me convient pas,
Une rude charpente aux boiseries tressées.
C’est un couloir éteint, les soleils l’ont boudée ;
Les nuits s’y viennent éclore, sans risquer
D’être prises au rets d’âmes offusquées
De la voir percée de part en part, dessoudée
De ces rêves que l’on fait à dix ans, ces peurs
Entretissées d’angoisse, de chagrins,
De diaphanes larmes perlées en grains
Vous accoutrant de réflexes trompeurs.
Mon enfant est un puits où sommeillent encor
D’ardentes déchirures, et que noient au matin,
D’artésiennes eaux au flux diamantin
Coulant sur les blessures de mon pauvre corps.
Mon enfance est un marbre sur lequel pissent
Les chiens éjectés des cités, les tristes canidés
Dont s’épaissit la glaire qu’ils viennent vider
Au cœur de la Grand-place rivée au précipice.
Mon enfance s’étiole aux pages de ce livre
Que je n’écrirai pas, avant d’avoir vécu
Les dimanches fleuris, les silences vaincus
De babils moqueurs de gonfaloniers ivres.
Si elle se relève de ces âpres fièvres, j’irai
Au mausolée où dorment ses grimaces,
Ses rires de confort, ses immuables traces,
Ses calcines escarres aux abcès suppurés.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2021
