Il y a tant…
Il y a tant de mots dans nos têtes,
Tant d’idées ; elles galbent nos envies,
Donnant aux besoins, un petit air de fête,
A nos déconvenues... zeste de survie.
Il y a tant de morts au cœur des chagrins,
Cadavres empilés au tertre des nuits ;
Aux soirs d’hiver, nos songes pérégrins
Franchissent le sommet d'heures enfuies.
Il y a tant de femmes au balcon des regrets,
De reines bafouées au trône de l’absence ;
Leurs fièvres débordent d’abrupts degrés,
Puis, s’affaissent au seuil de l'adolescence.
Ourlant des déshérences, le subéreux bâti
Du remords qui laisse intestats,
Avions lacéré, cela, sans contredit _
La trame du destin nié de l'apostat !
Il y tant d’hommes en ma polymorphie,
D’enfants épuisés, aux venelles pavées,
Tant d’amants pliés au cœur l'atrophie
Que la peau du deuil veut encaver.
Naissent au matin, de rutilants éclairs
Perçant de la rosée, les diaphanes perles
Imbibées de striures trop claires ;
S'y posent encor, d'audacieux merles.
Il y a tant d’ivresses en nos souvenirs,
Huées gazées de fastidieux discours ;
Les jours, pour s’en mieux estourbir,
Les attellent aux marelles de cour.
Je reste sous le pont de l'amante déçue ;
En mes soupirs latents, l'ironique gazille
Offre par dérision, le satiné tissu
De son ventre arrondi en crousille.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2021
