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lundi 26 juin 2023

J’AI ABOLI LE TEMPS

J’AI ABOLI LE TEMPS

 

J’ai froid, dans ces matins étroits, où l’automne

Epulpe la raison… ma peau fait caprices

De ces étés devenus : baume pour cicatrices

Posées au cœur d’une mémoire gloutonne.

 

Je fuis l'allée pentue de sciences frelatées ;

Ces lieux où la morale dégrade le scélérat,

Quand l’hiver dénature l’indigent… il fera,

Aux sombres lunes, le tour de nos cités,

 

En quête de litière, en quête de pitance ;

Son sourire chéloïde, ses larmes-cataractes,

Affadissent ses mots, thésaurisent ses actes

Pour lier du futur l'appréciable constance.

 

J’exècre des moites caves, l’aparté donnant ton

Aux vains conciliabules : synodes ecclésiaux ;

N’est de la probité, en ces flous abbatiaux,

Que trappe du réel emmurant l’avorton.

 

Loin de harangues moussues de cessionnaires,

Je navigue par vent debout ; bravant tempêtes

Et maelströms ; les soufflées s’y répètent ;

S’enflent encor les tornades binaires.

 

J’efface des jours gris, la froide nébuleuse ;

Je diligente seul mes rus accusateurs

Au-delà du repos : ce violent abducteur,

Dont l’esprit tacle la rythmique éveilleuse.

 

Sanglée de part, en part, mon enfance a su

Sans mal, émietter des jours sans, l’algarade ;

Je fais de mes chagrins : précieux alcade

Auquel l’espoir, en ses donnes cossues,

 

Ne peut insuffler d’insipides axiomes… sereine,

Se fait ma rémanence… j’ai trop longtemps, tu,

Aux immuables grimaces, ces désordres obtus :

Roides torsions d’images souveraines

 

Du poète aguerri ; elles dupliquent son art,

Hier, infécond, céans prolifique ô combien !

Que ne puis-je user de modestie ! grand bien

M’y fasse ! j’ai, du verbe loquace, en bavard,

 

Assermenté le rêve de mon intime mue…

Pour confondre, aux possibles chues,

Et la mort, et la rage de son ange déchu ;

Je confesse ces ires, en logographe ému…

 

Démuni de confesses aux heures ajustables,

Ai rompu le silence des réminiscences…

Je me dois d’exister ; les souvenirs me tancent,

M’enclouent au palimpseste de rappels acceptables.

 

Je suis vide de tout… et empli à ras-bord ;

Je suis_ sans le prouver _ aux tenailles moqueuses :

Dilution consommée… aux pochades croqueuses, 

S’écaille au fusain mon instable vibord ;

 

De l’accoudoir où s’effeuillent mes stances,

Je prends, des dérives, la traverse lointaine,

L'oubli me couvre d’attaquables fredaines,

Le passé, lui, de chimériques songes… d’absences.


 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023