(Le silence est un cri)
Le silence
est un rêve aux portes de l’oubli ;
Une absence
qu’enrouent les vents de la mémoire ;
Il drape la
conscience d’un chatoyant moire,
Enguenille
l’orgueil que l’ivresse ennoblit.
Le silence
fascine, aux moindres aléas, le sage
Dont l’hermétisme
façonne l’intellect,
L’opacité
du verbe mis à mal de l’affect ;
Il conspue
le crédule poncé d’équarrissage.
Le silence manœuvre
en l’étrange coulisse
Où permutent encor de vaines assertions ;
Quand l’argutie
pénètre la noble confession,
Donne aux
railleries l’ardeur de la Palice.
Le silence
découpe l’inutile bréchet : carène
Insupportée
de l’aigle en son survol… aiguise
Des volées,
quand, au ciel, s’harmonisent
Les bondrées
apivores épiées de sphyrènes.
J’ai vu
poindre silence, aux vents chauds de marées,
L’ai
entendu pleurer au ressac de longs flots,
Aux ires
indomptées aspirés d’un soufflot ;
L’hiver
aurait voulu, au soir, s’en emparer…
Le silence
a bercé de mes stances lyriques,
L’immuable
constance ; il a fait s’accorder
Aux iambiques
moulures, au listel débordé,
D’élégiaques
épreuves ointes de poétique.
Quand, l’âme
morcelée d’attentes, j’avivais
De désirs
mes nuisibles pensées, le temps
Encageait du
silence mien le précaire battant…
J’avais
pour rémission, quand d’autres en rêvaient,
L’étrange
liberté ignorée de l’ilote, l’aisance
Du gerfaut
aux navigues célestes… l’espace
Ajustait aux
palmes des fugaces traces,
De riches
estampilles ceintes de luxuriance.
O silence,
mon exquise lie : captivant élixir
Au fantasme
de nard subtilement dosé !
Silence :
parfum des îles où se viennent poser
Les cœurs démarouflés
de captieux messires ;
Je te fais
confidences de mes solubles peines…
Jadis, aux
aubes claires, je parcourais la lande,
Piétinant sans
mal, sa belle houppelande,
Noyé sous
les grimaces de flux lacrymaux…
Ne point savais
en la douceur de mai, l’exacte
Calandrage
de ma peau métissée : ce tissu effilé
Dont les
filles, en l’appréciative, voulaient exfolier
Les bribes
de ramure, les miasmes compacts.
Silence,
mon eau claire : _ laisse-moi m’abreuver
A ta source
butée ! j’ai soif d’être moi-même ; seul,
En cet apesanteur,
ma chair fuit du linceul,
Les subéreux
plis… pourrai-je, en toi, me retrouver ?
