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jeudi 22 juin 2023

INTERVALLE (Le silence est un cri)

INTERVALLE

(Le silence est un cri)

 

Le silence est un rêve aux portes de l’oubli ;

Une absence qu’enrouent les vents de la mémoire ;

Il drape la conscience d’un chatoyant moire,

Enguenille l’orgueil que l’ivresse ennoblit.

 

Le silence fascine, aux moindres aléas, le sage

Dont l’hermétisme façonne l’intellect,

L’opacité du verbe mis à mal de l’affect ;

Il conspue le crédule poncé d’équarrissage.

 

Le silence manœuvre en l’étrange coulisse

Où permutent encor de vaines assertions ;

Quand l’argutie pénètre la noble confession,

Donne aux railleries l’ardeur de la Palice.

 

Le silence découpe l’inutile bréchet : carène

Insupportée de l’aigle en son survol… aiguise

Des volées, quand, au ciel, s’harmonisent

Les bondrées apivores épiées de sphyrènes.

 

J’ai vu poindre silence, aux vents chauds de marées,

L’ai entendu pleurer au ressac de longs flots,

Aux ires indomptées aspirés d’un soufflot ;

L’hiver aurait voulu, au soir, s’en emparer…

 

Le silence a bercé de mes stances lyriques,

L’immuable constance ; il a fait s’accorder

Aux iambiques moulures, au listel débordé,

D’élégiaques épreuves ointes de poétique.

 

Quand, l’âme morcelée d’attentes, j’avivais

De désirs mes nuisibles pensées, le temps

Encageait du silence mien le précaire battant…

J’avais pour rémission, quand d’autres en rêvaient,

 

L’étrange liberté ignorée de l’ilote, l’aisance

Du gerfaut aux navigues célestes… l’espace

Ajustait aux palmes des fugaces traces,

De riches estampilles ceintes de luxuriance.

 

O silence, mon exquise lie : captivant élixir

Au fantasme de nard subtilement dosé !

Silence : parfum des îles où se viennent poser

Les cœurs démarouflés de captieux messires ;

 

Je te fais confidences de mes solubles peines…

Jadis, aux aubes claires, je parcourais la lande,

Piétinant sans mal, sa belle houppelande,

Noyé sous les grimaces de flux lacrymaux…

 

Ne point savais en la douceur de mai, l’exacte

Calandrage de ma peau métissée : ce tissu effilé

Dont les filles, en l’appréciative, voulaient exfolier

Les bribes de ramure, les miasmes compacts.

 

Silence, mon eau claire : _ laisse-moi m’abreuver

A ta source butée ! j’ai soif d’être moi-même ; seul,

En cet apesanteur, ma chair fuit du linceul,

Les subéreux plis… pourrai-je, en toi, me retrouver ?


 Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023