TRISTIS
ES*
C’est triste
C’est triste de penser qu’il n’y a plus d’amour,
Que le temps nous dévore, et que le mal d’aimer
Est un mal nécessaire, en l’illusoire détour
Où les amants se perdent, sans se trop abîmer.
C’est triste de rêver, quand la nuit interpelle
Du matin à venir, les nuances vermeilles,
Les tons floutés de l’aube, en ce juste rappel,
Peu à peu, émargé du factice sommeil.
C’est triste de chanter aux amitiés défuntes,
A ces complicités d’écoliers sans bagages ;
Oh ! Il en a fallu, aux routes qu’ils empruntent,
De fastueux détours, à nos voies de garage !
C’est triste de crier du fond de ce puits
Où croupissent les larmes d’amoureux vaincus ;
Les souvenirs s’émiettent, se dissolvent… et puis,
L’on se rassure de ces moments vécus
Que d’autres voient flétrir en l’œil de la folie
Torsadant de nos joies, le cylindre rompu…
S’il est vrai que l’audace du désir, ramollit,
Plus vrai, est le miroir aux reflets corrompus !
C’est triste de parler de ceux dont on ignore
Au moite renouveau, point de l’aurore claire,
Dénaturant l’espèce en devenir, qu’honore
L’éphémère fragrance, les colères-éclairs.
C’est triste d’avancer seul, amputé de l’espoir
De voir naître du jour, avant le grand départ,
De folâtres lueurs sans jamais en emboire
De la munificence, les fragiles remparts.
Tout est triste à mourir depuis Ève, l’amante
Du serpent séducteur… Adam n’a su _ hélas !_
Au for de ces vertus dont le vice s’aimante,
Enclore le péché dont le faible s’enlace…
Si de mon retenir, au souffle créatif, ma plume
Se fait herméneute d’un soir, pucherai de l’encre,
Afin de m’en repaître, si mon verbe l’assume,
La dive contexture… avant de jeter l’ancre.
D’aucuns diront de moi… sans doute : _
Aux badines
des louves, sans prémonitions,
S’est
laissé couver… sa verve en déroute,
Ses rixes
sublunaires, à jamais absoutes,
Marqueront
de l’emphase, sans ostentation,
Le relais
où les mots vrais s’encroûtent,
Pour de
la lexie des pairs que le faraud redoute,
L’idiome
des sages... sans compromissions,
S’arguent
d’autres pensées, à l’éveil de l’écoute.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020


