NESTED
SPECTRIS*
Spectrales nichées
Nos cités ont fondu sur le gris macadam ;
Ont coulé au pied des promontoires
Détachés de la mer, pour fendre des trottoirs,
Le relief érodé que les spires enflamment.
Nos maisons n’ont plus d’âme, vieillissent,
Encroûtées de lézardes, de froides éraillures
Dont la moiteur dépèce l’imposante toiture ;
Ne sont plus que ruines, fragments d’éclisse.
Le bassin aux poissons a perdu sa stature ;
Ses pâles craquelures redessinent l’ouvrage
Du fier ornemaniste… blanchissent sous l’alliage,
Les minuscules sillons de cette architecture.
Les flambées de décembre ont abandonné l’âtre,
Et de la vitre sale, sur de poisseuses traces,
Le spectre d’insectes gris, et que jamais n’efface
Le temps désagrégé des congères albâtres.
Les rires se sont tus en des voies sans issues,
De puantes ruelles, loin des fiefs cossus,
Où jadis la noblesse, aux noces et aux bals,
Couronnait les serves du règne d’Alphatia ;
Ces fidèles suivantes plaisaient aux chevaliers ;
En brocards de marquises, aux riches paliers,
S’offraient passionnément sous le forsythia.
Au balcon des furtives amours, des baisers volés
Aux nuits cendrées, sous
l’arceau des promesses,
Quand ronflait la bourgade bouffie, la jeunesse
Épiait du damoiseau aux belles envolées,
Le panache des lords en parade, altier,
Arborant au plastron, l’écusson du grand duc
Pétri de certitude, heureux sous la perruque
Du preste gentilhomme, louable argentier.
Dans ces déserts grimés de suie et de mort,
Le passé semble encor déverser au tombeau
De ces gloires fanées, des trombes d’eau,
De larmes désodées emperlées de remords.
La ville et la campagne s’invectivent encor,
Déçues de la catilinaire des prévaricateurs ;
Pillées, détroussées, violées, de laudateurs
Pansus ; ces vils labadens, ont crevé le décor
Où s’esbaudissent d’honnêtes citoyens, hommes,
Femmes, affranchis, sans la condescendance
Des larvaires de cour, ces recrues de bombance
Courbées en factotum, tanguant en métronome.
Enfouis sous les ruines de palais impériaux,
Endormis aux vestiges d’hier, les hominidés
De Darwin, l’impie, se gaussent des affidés
Dont l’insolence emmure à tort, le nobliau,
Ce hobereau qui de la valetaille, se gaudit,
Avec goguenardise, quand le vilain soupire
Aux primes angélus, maudissant cet empire
Où les spectres fourchus rétribuent le maudit.
Armand Mando
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