
SCIO
MORIERIS ET ABIIT HELIAS*
Je sais que tu mens
Je sais que tu mens, quand tu pleures
Les amours confuses, les sentiments blessés
Dont le cœur récuse, avant de l’oppresser,
L’intactile percée livrée à la douleur,
Et qui, par habitude, quand l’envie est un leurre,
S’apitoie sur les larmes savamment déversées.
Je m’en veux de te croire, aux lunes démunies,
Si la nue enveloppe des nuits désaccordées,
La ténébreuse lie de ces ombres fardées
Accrochées à la sphère des orbes désunis.
Prisonnier du doute enjôlant mes faiblesses,
J’avance de guingois sur une terre nue ;
Jamais ne poussent, quand rentre l’ingénue,
De nouveaux lendemains, au for de la détresse !
Mon humeur s’est tarie ; j’ai des besoins malsains,
Des lubies écornées, de futiles envies ; l’apparence
Dont se vêt ma pâleur, accuse prépotence
Pour duper de mes peines le métrage assassin.
Je sais que tu mens, au soir blême où s’allument
Les faisceaux inondés de lueurs mesquines ;
Tu fais, sans y penser, au rouge de fuchsine,
En étalant l’étoupe, naître à l’aube, des brumes
Parsemées au vide de mes songes griffés
De prétentions, mes rêves-aquarelles…
Tu me retiens bien loin de tes marelles,
Au filin de la désespérance, souvent giflé
De vents contraires, morniflé de suroîts
Qui, de la mer de cendres, aux océans marbrés,
Soulèvent des matins, d'instables degrés
Auxquels butent les manants et les rois.
Qui suis-je en ces fictionnelles niches,
Ces gîtes bancals, couvoirs dont s’enorgueillit
La gent satisfaite de fruits trop tôt cueillis,
Pour, à pleine dent, mordre l'infecte friche ?!...
Je sais que tu mens, quand nos corps se paissent,
Enchevêtrés aux mâtines… aux primes angélus,
Vespérales où les nones s’affairent ; l’Orémus
Des prêtres, éveille de l'étreinte en laisse,
La gestuelle d’amants ivres d’impureté ;
Oh, je m’en dois défaire ! Laisse- moi confesser
De mes tares, l’infidèle récré… des rires froissés,
A ce vain retenir, ne peux plus m’apprêter…
Tes mensonges ont clampé à ma juste clarté,
Un ciel de brouillard, un espace flouté
De malédictions, de déprécations redoutées
De l’âme contrite de peccavi… sans douter
Qu’aux éphémères heures, l'esprit dérouté
Se prendrait aux cordages éboutés
Du noduleux système le voulant arc-bouter.
Pour sûr, tu t’en iras voiler de l’interdit,
L’offensante cambrure !… Tu fais de l’inédit,
En de souples pirouettes, aux souhaits affadis,
Confortables redites… nul être ne le dédit !
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020