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samedi 14 mars 2020

LIGNUM MERAC*




LIGNUM MERAC*

Les bois de Mérac

C’était Mérac : la senteur des matins,
Les fleurs juste écloses, le laurier, le thym…
C’était aussi le lac, la douceur de ses flots,
Le chuintement bizarre, le clapotis des eaux.

Dans les bois de Mérac, l'enfance découvrait,
Imbibé de rosée, de givre, le feuillage cuivré ;
Sur la mousse, les premières limaces
Fardaient de mucus, d'infidèles traces ;

Les vents automnaux plissaient l’aurore,
Au jour nouveau ; s’y repaissaient encor,
Le souriceau, la gerbille, le luisant endogé
Dont les anneaux sifflent pour y déloger

L'insecte larvé, de pontes dont la mue
Empreint du sol, quand elle remue,
Les striures, d’où germent les gamètes
Déliées du tubule de racines-palmettes.


Ici, les fifres se reposent et rêvent ;
La nature laque de chaude sève
D’arborescence, loin des poudreux frimas,
Le noueux branchage à l’aspect trichoma.

Mérac, est une sylve, breuil de patrimoine
Où migre l’oiseau aux ailes calcédoine ;
L'orvet s’y prélasse sans crainte,
Quand s’activent de houleuses plaintes.  


Aux bois de Mérac, à l’éveil des saisons,
Fument les cheminées de vieilles maisons ;
Le bouvier à sa tâche, fredonne élégamment
Une triste complainte, au clair du firmament.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020




jeudi 12 mars 2020

DESTITUTIONS*


DESTITUTIONS*
Désappointement

Puisque la censure entrave vos désirs,
Le bonheur, pour vous, se fait attendre ;
Que céans, ne se peuvent entendre
Les premiers mots d’amour, sans gésir

Au seuil de l’infortune, il vous faudra,
En des matins de cendres d’automne,
Effleurer d’autres lèvres; y frissonnent
Les reines confinées en la soie de longs draps.

Amoureux en ces lunes où la femme renaît,
Vos musiques enjôlent de soupirs lascifs,
La modeste suivante dont les cris incisifs
Percent du renouveau, les premiers genêts.


Ai, comme vous, connu des nuits givrées,
Quand l’âme vient tancer les rêves ambigus,
Le cœur dépenaillé, les songes contigus,
Jouxtant de l’esprit, la girande cuivrée.

Les belles de logis se laissent attendrir,
Des caresses de l’amant prisonnier
De la soie de leurs bas : impulsif pionnier
D'inégales luttes; ne peuvent l'amoindrir,

Les noceurs, s'ils dansent en derviches,
Au rempart de bombances, d’agapes,
De faste, de ripaille chues des nappes
Du mécène ventru, bien trop riche

Pour du sequin s'alléger; pourriez-vous
Des autres, légitimer les actes affétés,
Confirmer de vos soifs la pépie, prêter
Ouïe, aux discourtois propos… rendez-vous !

De galantes pubères à la minaude moue,
Vous espèrent assoiffé d’aventures ;
Voyez donc rayonner dessous la devanture,
La pucelle déployant ses ailes tinamou !


En de sombres couloirs foulés de vagabonds,
S’endorment les craintifs de la désespérance…
Fuyez-donc ces couards au faîte d’apparence,
Verrez des gentes dames, le regard pudibond !



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mercredi 11 mars 2020

FALL MARINE* Marins d’automne


FALL MARINE*
Marins d’automne

Ils avaient pris la mer, bravé les tempêtes,
Chevauché l’océan, en fiers nautoniers ;
La mort, aux roulis, on ne le peut nier,
Bavait, spumescente, d’infimes miettes ;

Les vents les éjectent du flot assagi,
Puis, en délavent les miasmes salés,
Le poudroiement figé au mausolée
Des maritimes fonds d’où la faune surgit.

Les crachins chus de l’exosphère,
Se liaient au noroît, pour disparaître,
Transis, sans plus jamais renaître,
Du blizzard rompu de pluies austères.

Le mât agité d’éléments contraires, perçait
L'encavement d’essentielles denrées:
Substantiels vivres, pris aux marées
D'un long voyage aux branles cadencées.


Chaque heure déliée devient un défi:
Possible victoire sur la masse iodée ;
Au filet des larmes, les rires désodés
Pointaient de leur regard confit,

L'évanescente prédominance, ce souffle
Conquis: unique gloriole de l’homme
Sans réserve de munificence ; l’arôme
S’en exhale en un musc dont l’ensouple

D’orgueil le perce en son milieu…
Mer de nos désirs, océan sans entraves,
L’altier corsaire, cet insolent esclave,
Veut t'amadouer, donne-moi, d’outre-lieu,

Plages isolées, berges sans haussières !
Aimerais poser sur ton ventre plissé,  
Ma dégaine d'enfant des îles, glisser
Sous les frisures de vagues carnassières,

Sentir sur moi, tes fiévreuses secousses,
Quand l’hiver agresse mon métissage ;
Loin des tropiques, où sans âge,
Les vents mutilaient ma badine frimousse.

J'exècre des villes, ces mortes cités,
La disgrâce de poussiéreux blockhaus ;
Ils insufflent au cœur, un chahut précoce,
En ternissent l'étoile, en sa préciosité.


Tel le marin piégé de la tornade,
Je vais fondre, cherchant l’estuaire
Où la vie boute la mort des cimetières,
Ces noirs caveaux, ces creusets maussades

Emperlés d’impudence, heureux,
Des moindres aléas, dont l’espoir,
Pousse le zélateur borné à croire,
Quand l'inertie trouble l'esprit poreux.

Je veux des soleils, réajuster la rime,
Boire encor ses chaleureux rayons ;
Sur mon derme trop froid, les haillons
De vêture, déliés du faufil, s’abîment.

Du métrage abscons de la didascalie
Le soliloque piège le tragédien pansu !
A-t-il du double, emprunté en l’insu,
Des mimiques, les coupables délits ?


Maritime avenue où se transmue l'âme,
Viens pousser sur la nappe glissante,
Ma silhouette, cette mue dilettante:
Inusable profil jouxtant le macadam !

Te confierai de mes secrets d’alcôve,
L’itérative rengaine ! Te narrerai encor,
La douceur de ces subtils accords
Qui du piano, allument des tons mauves.  


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 10 mars 2020

ME REVOCAS ?


ME REVOCAS ? *
Retenez-moi !

N’ayez crainte d’aimer quand l'astre rougeoie,
Se taisent les vents de l’automne discret !
De vous à moi, très chère, il n’est des secrets
Que jadis vous me fîtes, en ristourne de joie,

Nulle fuite possible… j’en fais rétention,
Pour me mieux soumettre à l’amativité
Dont font montre les serfs dont l’absoluité
Dénerve du savoir, l’exacte prétention.

Je parcours les îles, escalade les monts,
Aux ides pénétrées d’informelles secondes ;
Me fallait léser des formes rubicondes,
Le rouge pénétré de purulents phlegmons,

Des plaies, dévier le cœur sénescent ;
Ce cœur désamorcé; vous le tenez en laisse,
Rehaussant de la grâce, en vos délicatesses,
Imperceptible accord ouaté d’un bref accent !


A ma page de garde, tel le vieux doxographe,
Je commente de l'helléniste, l’abstraite pensée,
Effeuille des opinions, sans me lasser
Jamais, les dérives, en piètre cacographe

Qui des turbulences, sevré de l'affectif,
Pénètre la fadeur d'un douteux jargon,
Annihile des brèves poncées, le parangon
De vertus ointes d’actes correctifs.

Donnez-moi la mesure des ménestrels rompus
D'accords de la quadriphonie, la cadence
Dont Lully enchâsse du ballet, la radiance !
Que ne suis-je en ces luttes ! ô si j’avais pu !

Ai-je du désappointement, molesté,
Sans férir, la pointe, l’aciculaire apex,
Traversé les marbrures convexes
De l'âme griffée, d’illusions… enkystée !

Suis sous l’arche des réminiscences…
Il pleut de ma superbe, larmes de contrition ;
Moi, qui n’aie de vos rires en ébullition,
Que froids clapotis feutrés de nitescence.


Retenez-moi à la dragonne de l'autorité ;
Faites-moi ambigu vassal ! Qu’importe !
Ne me point laissez mendiant à votre porte !
Aurais-je à vos yeux,  toujours, démérité ?

Si la fin est voilée de gausses manifestes,
Qu’enclosent, vos humeurs harnachent ma raison,
Irai me revêtir des guenilles d'oraison
Pour taire de mon rêve, les mirages funestes.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

vendredi 6 mars 2020

OLIM*


OLIM*
Il était une fois

Il était une fois... mes rêves d'enfant ;
Comptines et saynètes en agrémentaient
Des nuits, la nue piètrement appontée
A l'opaque brouillard, et que l’Éther pourfend.

A l'orée des forêts hercyniennes,
Comme de Brocéliande, de facétieux  gnomes
Piégeaient les niquedouilles, qui, en hommes
Dupés, traquaient dessous les diluviennes,

Les enfants de la lande; moines et druidesses
S'y souvent prélassaient, quand à l'aube liée,
Les vents désamorcés rythmaient du peuplier,
Des branches, au feuillage, la transe enchanteresse.


Il était une fois… une reine déchue, un dauphin
Agité de fièvres... fidèle suivante, laquais
Bannis de la cour du cruel Lycaon, ce roquet…
S'en venaient au soir, d'arrières confins

D'Arcadie… ils avaient du silence palpable,
Effleuré les canisses; leurs larmes délavées,
Au jour, fuyaient encor du noble pavé,
En ces doutes, la lignée approuvable.


Au for de mes noires chimères, la songerie
Berçait de contre-vérités, le pragmatisme,
Sans faire montre d'un insolent quiétisme ;
En moujingue, j'arpentais de la pleutrerie,

L'altier tunnel, sans m'entremettre jamais
Des superstitions de commères sans classe,
Ces gorgones dont le pérore enlace
Les nigaudes de messe ; elles bramaient

A confesse, à l'ouïe d'un grincheux calotin
De diocèse... braqué, sans ouverture;
Suis-je en ces mythes sans infrastructure,
L'utopiste asservit à l'allomorphe destin ?



Il était une fois… que ne l'aurais-je tu!
Un garçon lié à ma doublure_ martyr
Déconstruit des siens… j'aurais voulu partir;
Suis parti mourir hors la sente pentue
Où les jours ne sont qu'altérable vertu,
Où les nuits s'encanaillent de piètres repentirs.  



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020

mardi 3 mars 2020

PRELATI INTERFECTORES*


PRELATI INTERFECTORES*
Prélats assassins

Meurtris de haine, de mensonges, de vices,
Les hommes ont tué la vie, trucidé le bonheur;
L'espoir de voir du Ciel, pousser la haie d'honneur,
Est, en leur âme morte, oracles d'haruspice.

Les soldats de Satan sont de finauds serpents;
En reptation, ils avancent sans crainte,
Au sinueux tunnel, toutes torches éteintes,
Pour mutiler la foi du juste, s'il se repent.   

Le canal des débauches où s'isole le drille,
Déborde de l'aqueduc du sybaritisme,
Du conduit distordu du fol épicurisme;
Y flottent, ilotes et pernicieux gilles.

Les pasteurs enchâssés de sermons
De la Rome païenne, ces curés séduits,
Ânonnent ex cathedra, de simulacres enduits,
De dolentes neuvaines appâtant les mormons.


Les farauds s'en viennent, se laissant
Surprendre, aux orbes en déclin,
Avant de succomber, suspendus au grelin
De l'éblouissement d'apocryphes blessants.

En de folles ripailles de métropolites:
Pantagruéliques orges de complaisance,
Les nonces à l'adipeux rumen, avancent,
Ivres du sang de vigne, en d'insolites,

Vexatoires propos au badigeon superbe,
Vilenies rehaussées de fadaises
Riches de mécréance, à l'ouïe d'un diocèse
Captivé, formolé d'observances acerbes.


Les prélats assassins du vieux catéchisme,
Sont encor bien vivants ; ils sirotent à la lie,
Un nectar fermenté qu'au son de l'hallali,
Déversent en vos coupes, les clercs du syncrétisme.
  


Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020





lundi 2 mars 2020

GYPSY ATTENUATUS


GYPSY ATTENUATUS
Gitane effeuillée

Elle fait rêver la muse, l'ondine livresque
Talant du sable chaud, les miasmes poudreux;
Les nymphes de l'automne cendreux,
Sur la plage, côtoient sa ligne arabesque.

Des Saintes Maries, où elle a vu le jour,
Les mouettes survolent en l'azur incertain,
La lame qui ondule des flots adamantins,
Soulevant de son ombre, l'évanescent ajour.

Sur sa peau satinée de tzigane, le sel marin
Effleure en doux chatoiements, les replis
Pénétrés de poudre cuprifère, dont s'emplit
Sa soyeuse cambrure à l'éclat tamarin.

Sa bouche est un miroir embué de volutes
Semblables aux vents légers de Camargue ;
La voix qui s'en échappe, en de doux sons, argue
De nos faiblesses, d'imparables culbutes.

Les violons de bohème ensorcellent ses rires
Pénétrés d'impudence, de colères brèves ;
Elle festoie la nuit en nos placides rêves,
Rétive à l'attrait de nos princiers soupirs!

Pour elle, les guitares harmonisent les heures
Violentent de ses danses bizarres, le roulis,
Les spasmodiques houles proches du délit
Des pythies d'Apollon enkystées de douleurs.

Elle enflamme le cœur du damoiseau transi,
Attise de son feu, les sénescentes braises,
Éveille des tisons nuancés de mésaise,
Le troublant désarroi, l'odieuse apraxie.


En portant estocade, l'amant des nuits d'été
Parachève du geste, la convective ardeur…
Perce de part en part, de son deuil, la fadeur,
Cet accablement au faîte de l'anxiété.

Derrière ses sanglots de Carmen outrée,
Chahutent des palpébrales, de chaudes rivières,
De furtifs clapotis dont les grimacières
Étrennent de sursauts, tous les pleurs excentrés.

Elle apprend à aimer, car de ce fruit mordu,
S'écoulent des absences, des envies d'ailleurs;
Mourir au seuil de la thébaïde du railleur,
Lors, amplifie la gausserie tendue:

Incoercible gouaillerie de faquin
Bélître d'avant-scène, portefaix…
S'en peut-elle accoutumer, faire la paix
Avec ces butors en quête de sequins !


Esméralda, gitane ourlée de démesure, reine
A mon pavillon sans traque, ni tenderie,
J'escalade de ton col poudré, sans afféterie,
Les possibles degrés… du sentier de ma plaine,

A tes monts argileux, mon ahanant souffle,
Éclate les dunes chues de ton nombril ;
D'une lèvre, hors des frêles lambris,
Ma langue caresse le voile de maroufle

Ceinturé de tes cris de serve humiliée,
Sans dévierger des formes, la matrice
Offerte aux phalliques suées, la rose cicatrice
Bavant d'immodestie sur le membre lié.

Mains pleines, sous la belle oriflamme,
Je décille du songe feutré des lacrymales,
La fantasmagorie de pulsions de mâle,
Ce froid éther, ce baume de dictame.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020