Ecrire sur les pages d'un carnet jauni,
Un vieux
calepin aux teintes délavées ;
Ecrire du
temps passé, à battre le pavé,
De monotones
heures en l'aube embrunie.
Confier à son
journal des rêves écorchés :
Désirs
impromptus, jamais réalisés ;
Tracer entre
les lignes : mensonges usés,
Trompeuses
litanies, passions cachées.
Rompre des
souvenirs, l’âpre degré ;
Noircir du
jour, avec mélancolie,
D’ultimes
secondes… de l'asymbolie,
La mémoire
résèque les vaines simagrées.
Ecrire le
deuil de nuits écorchées,
Sur
l'inconfort du spleen à bannir ;
Ajuster au
graphisme, pour le retenir,
La patte de
l'artiste prêt à l’enfourcher.
Paraphraser
des notes, la linguistique,
Sublimer de la
riche lexie, métaphore,
Sans en
cosmétiquer du confort,
L’axiome
vaincu de la casuistique…
Huer, au lever
de rideau, boutades
Dont Rivarol
peint l'enjôleuse marotte ;
Rallumer cette
catachrèse, qu'empote
Le sot de
contrefaites œillades.
J'aime vivre hors
ces déconvenues,
Cette
stylistique boudée de Villon ;
Sainte-Beuve, molesté
d’un bâillon,
Fait de l'allégorique :
conspue de parvenus
Vexés du dithyrambe
au flou du larmier ;
Victor Hugo, en
de fougueux regimbes,
En altère la
misanthropie : nimbe
Insupporté
d'écrivaillons cadmiés,
En des soirs floutés
des lacrymales
Sur massore de
prétentieux scribes :
Herméneutes,
dont l’affect s'imbibe
De brûlots
d'histrions… et sans mal.
J’écris en
l'aube captive, d'incivils édits
Souvent émondés
d'acariâtre pointe ;
Me plait
d'accorder aux phonies ointes,
Mon tendre
clavicorne… on dit
Que de mes
songes, il entoile le vide
De mélodrames griffés
d'arpèges ;
Je le crois_
que n'oserais-je ! en allège
Le fastueux
bedon en-deçà des rides
De disgrâce :
ces fines craquelures
Du trélingage
de passives fuites ;
En d'autres
assertions, poursuite
De vexantes
chimères… de littérature,
J'entaille
l'impudence, l'orgueil
D’éclats
empreints d'obsolescence :
Verbatim
avarié, privé de quintessence…
Faudra des
soleils pour confondre l'écueil
D’où viennent
rompre les cris de Fénelon,
D'Agrippa D’Aubigné,
flou de La Bruyère,
Stances de
Leopardi ; sa verve rancunière,
Sonnets de
Pétrarque étirés en stolon.
J'écris, aux
rayons qui animent
Antoine de
Gentile, sa métrique,
Sully
Prudhomme, sa rythmique ;
J'écris aux lunes bleues… mes rêveries intimes.
Armand Mando
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