Les rires font offenses en l’âme du draveur
Dont la charge flottante leste la rivière ;
Son fardeau que les remous empierrent,
Sillonne, au fil de l’eau, le puissant étuveur.
Pour le Vénitien, les rires du zani masquent,
Et pour nous plaire, le caricatural…
Quand il fait son entrée magistrale,
Conquis, le public salue ce fier tarasque.
Brighella, Mezzetin, Pedrolino, Scapin,
Polichinelle, Trivelin
Coviello,
bien sûr,
Font offre du meilleur… rassurent
L’auditoire séduit de l’art supin.
La ruse confisque au permanent, souvent,
Sans qu’on sache pourquoi, l’endémique ;
En encloue l’intangible, et qui, de la mimique
Affectionne baroque… n’est rien de décevant !
Au XVII siècle, la grande casaque de scène,
Alimentait rumeurs, quant à son avantage ;
L’image supporte_ on le sait _ mal, l’aboutage ;
Rebute parfois, le généreux mécène ;
Attifé de la sorte, zani et maître se confondent,
Illusionnent sans mal le prôneur théatin :
Ce faiseur de morale, vexé du baratin
De ces pitres muchés, affolés de faconde.
Venise est un miroir sans tain ; s’y mirent
Les nantis de l’Italie vaincue… s’en faudrait
Préserver, pensez-vous ! nul, de l’adret,
Ne peut faire montagne, sans l’admire
Du vaillant varappeur : digne ascensionniste
Crevant de l’impossible, le bedonnant confort ;
Le bouffon s’imagine, en son intérieur for,
Déchirer la valade du vieil accessoiriste,
Pour percer mystère de la gent de coulisse :
Nouvel appariteur aux doctes exigences….
Ecaler du chapitre, d’anonymes stances,
Aboute du poème posé en ces abscisses,
L’iambique substance… sans fondement,
S’écroule la catachrèse… l’orateur perd pied
Si la déclame gêne… sans ce polycopié,
Le tribun se ferait herméneute… sûrement !
Le zani, lui, talle du boyau d’escale, pause…
De la déconvenue alimentée de rires, Venise
S’octroyait _ aux moindres des mainmises_
Le droit des prébendiers démunis de l’enclose.
De ces pantalonnes crues, émanait l’ire
De tragédiens bouffis, ces pansus cabotins,
A l’instar du piètre Montfleury : pantin
Dont la plume fossilise Asdrubal : c’est peu
dire !
Mascarille,
Jodelet,
Gros-René,
Figaro,
Plus tard, envahiront l’estrade… vice, hardiesse,
Couronneront alors, ces âmes en liesse,
Donnant au rôle de valet, et sans aucun haro,
L’exacte mesure du factotum se livrant
Aux foules ébahies… l’aura du non sequitur
Embellit le langage du noble, sans détours,
Aux susurres permises… peu à peu, l’enivrant.
Du cynisme de la libre pensée, au refouloir
De censeurs piégés d'artefact, prétentions
Aucunes ne pourraient, même en l’inaction,
S’ajuster à la lame du biseau de doloire.
Armand Mando ESPARTERO© copyright 2023
