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lundi 2 mars 2020

GYPSY ATTENUATUS


GYPSY ATTENUATUS
Gitane effeuillée

Elle fait rêver la muse, l'ondine livresque
Talant du sable chaud, les miasmes poudreux;
Les nymphes de l'automne cendreux,
Sur la plage, côtoient sa ligne arabesque.

Des Saintes Maries, où elle a vu le jour,
Les mouettes survolent en l'azur incertain,
La lame qui ondule des flots adamantins,
Soulevant de son ombre, l'évanescent ajour.

Sur sa peau satinée de tzigane, le sel marin
Effleure en doux chatoiements, les replis
Pénétrés de poudre cuprifère, dont s'emplit
Sa soyeuse cambrure à l'éclat tamarin.

Sa bouche est un miroir embué de volutes
Semblables aux vents légers de Camargue ;
La voix qui s'en échappe, en de doux sons, argue
De nos faiblesses, d'imparables culbutes.

Les violons de bohème ensorcellent ses rires
Pénétrés d'impudence, de colères brèves ;
Elle festoie la nuit en nos placides rêves,
Rétive à l'attrait de nos princiers soupirs!

Pour elle, les guitares harmonisent les heures
Violentent de ses danses bizarres, le roulis,
Les spasmodiques houles proches du délit
Des pythies d'Apollon enkystées de douleurs.

Elle enflamme le cœur du damoiseau transi,
Attise de son feu, les sénescentes braises,
Éveille des tisons nuancés de mésaise,
Le troublant désarroi, l'odieuse apraxie.


En portant estocade, l'amant des nuits d'été
Parachève du geste, la convective ardeur…
Perce de part en part, de son deuil, la fadeur,
Cet accablement au faîte de l'anxiété.

Derrière ses sanglots de Carmen outrée,
Chahutent des palpébrales, de chaudes rivières,
De furtifs clapotis dont les grimacières
Étrennent de sursauts, tous les pleurs excentrés.

Elle apprend à aimer, car de ce fruit mordu,
S'écoulent des absences, des envies d'ailleurs;
Mourir au seuil de la thébaïde du railleur,
Lors, amplifie la gausserie tendue:

Incoercible gouaillerie de faquin
Bélître d'avant-scène, portefaix…
S'en peut-elle accoutumer, faire la paix
Avec ces butors en quête de sequins !


Esméralda, gitane ourlée de démesure, reine
A mon pavillon sans traque, ni tenderie,
J'escalade de ton col poudré, sans afféterie,
Les possibles degrés… du sentier de ma plaine,

A tes monts argileux, mon ahanant souffle,
Éclate les dunes chues de ton nombril ;
D'une lèvre, hors des frêles lambris,
Ma langue caresse le voile de maroufle

Ceinturé de tes cris de serve humiliée,
Sans dévierger des formes, la matrice
Offerte aux phalliques suées, la rose cicatrice
Bavant d'immodestie sur le membre lié.

Mains pleines, sous la belle oriflamme,
Je décille du songe feutré des lacrymales,
La fantasmagorie de pulsions de mâle,
Ce froid éther, ce baume de dictame.



Armand Mando ESPARTERO© copyright 2020