FALL
MARINE*
Marins d’automne
Ils avaient pris la mer, bravé les tempêtes,
Chevauché l’océan, en fiers nautoniers ;
La mort, aux roulis, on ne le peut nier,
Bavait, spumescente, d’infimes miettes ;
Les vents les éjectent du flot assagi,
Puis, en délavent les miasmes salés,
Le poudroiement figé au mausolée
Des maritimes fonds d’où la faune surgit.
Les crachins chus de l’exosphère,
Se liaient au noroît, pour disparaître,
Transis, sans plus jamais renaître,
Du blizzard rompu de pluies austères.
Le mât agité d’éléments contraires, perçait
L'encavement d’essentielles denrées:
Substantiels vivres, pris aux marées
D'un long voyage aux branles cadencées.
Chaque heure déliée devient un défi:
Possible victoire sur la masse iodée ;
Au filet des larmes, les rires désodés
Pointaient de leur regard confit,
L'évanescente prédominance, ce souffle
Conquis: unique gloriole de l’homme
Sans réserve de munificence ; l’arôme
S’en exhale en un musc dont l’ensouple
D’orgueil le perce en son milieu…
Mer de nos désirs, océan sans entraves,
L’altier corsaire, cet insolent esclave,
Veut t'amadouer, donne-moi, d’outre-lieu,
Plages isolées, berges sans haussières !
Aimerais poser sur ton ventre plissé,
Ma dégaine d'enfant des îles, glisser
Sous les frisures de vagues carnassières,
Sentir sur moi, tes fiévreuses secousses,
Quand l’hiver agresse mon métissage ;
Loin des tropiques, où sans âge,
Les vents mutilaient ma badine frimousse.
J'exècre des villes, ces mortes cités,
La disgrâce de poussiéreux blockhaus ;
Ils insufflent au cœur, un chahut précoce,
En ternissent l'étoile, en sa préciosité.
Tel le marin piégé de la tornade,
Je vais fondre, cherchant l’estuaire
Où la vie boute la mort des cimetières,
Ces noirs caveaux, ces creusets maussades
Emperlés d’impudence, heureux,
Des moindres aléas, dont l’espoir,
Pousse le zélateur borné à croire,
Quand l'inertie trouble l'esprit poreux.
Je veux des soleils, réajuster la rime,
Boire encor ses chaleureux rayons ;
Sur mon derme trop froid, les haillons
De vêture, déliés du faufil, s’abîment.
Du métrage abscons de la didascalie
Le soliloque piège le tragédien pansu !
A-t-il du double, emprunté en l’insu,
Des mimiques, les coupables délits ?
Maritime avenue où se transmue l'âme,
Viens pousser sur la nappe glissante,
Ma silhouette, cette mue dilettante:
Inusable profil jouxtant le macadam !
Te confierai de mes secrets d’alcôve,
L’itérative rengaine ! Te narrerai encor,
La douceur de ces subtils accords
Qui du piano, allument des tons mauves.
Armand Mando
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