SOMNIUM
ARCE*
Château de
rêve
Dans l’épais brouillard de la lande endormie,
Derrière les bosquets, s'y délient les vents ;
Sublimée de fontaines aérées en auvents,
Se dresse la demeure de nobles insoumis.
Dans ce sublime lieu, le preste factotum,
La rétive soubrette, le cuisinier bavard,
S’activent en la paresse de ces heures buvard
Absorbant des matins, les volutes d’automne.
Dans ce lieu aux tentures moirées, la vie
Dissoute exulte en parhélie… il fait beau,
Jusques aux couloirs éclairés d’un flambeau
Dont vacillent les flammes majorées de lavis.
Dans la salle, la longue nappe beige
Vêt de sublimes accords, la riche table
Ornée de candélabres, devant un retable
Magnifiant du lieu, l’enchanteur florilège
De cristaux, d’argenterie d’Espagne,
Aux musicales notes escaladées d’éclats
Chus du clavecin sous le dôme, à plat,
Sur les dalles marbrées, niées de cagnes
De grands boulevards, mégères goulues
De chambres aux fades moisissures,
Vieux débarras couchés sous toiture:
Hôtel de passe aux charpentes moulues.
La noblesse, aux noces annoncées,
De brocard, ganse, guimpe, de satin,
Se laisse magnifier au clair matin,
De la rosée... émus, presque blessés
De quitter la demeure des ces rentiers,
Hôtes pleins de prévenance, bourgeois
Férus de peinture, d’histoire, dont la joie
Agrémente le dispendieux, volontiers,
Sans du démonstratif user à escient,
De degrés conspuant le marmiteux,
Ce purotin aux habits loqueteux,
Dont l’âme recèle de désirs patients.
Quand dorment Loch Ness et Connemara,
Le fief d’Aberdeen miroite au souffle court
Des premières ventées ; s’isolent côté cour,
De ses blessures défaites d’apparat,
Côté jardin, les fleurs du baccarat
Piègent soleil et lune d’audacieux parcours.
Armand Mando
ESPARTERO© copyright 2020



